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Publié par Farida Nabourema

L’égalité des sexes en Afrique: décolonisation de la phallocratie

Le débat sur l’égalité des sexes met bien d’hommes africains avec qui j’ai eu à aborder le sujet sur la défensive. Nombreux d’entre eux préfèrent bâcler le sujet en en faisant un truc « occidental » et en voyant dans le féminisme une théorie malsaine. Le problème est que de nombreuses personnes, quand on parle d’égalité des sexes, ne comprennent pas vraiment ce que l’on veut dire par là et nous tiennent des discours diverses sur l’impossibilité d’une égalité entre deux genres qui n’ont pas les mêmes capacités physiques, physiologiques et ne jouent pas forcement les même rôles dans la société.

Pour être honnête, si je devrais prendre l’égalité des sexes comme étant une équation mesurant le physique, le physiologique, le psychologique et même la fonction sociale de la femme et de l’homme, je m’opposerais carrément a cette théorie car chers messieurs, aussi difficile qu’il vous soit de le reconnaitre, la femme vous est supérieure physiologiquement, psychologiquement et même socialement. Ah oui ! La complexité du corps de la femme qui lui permet de porter des êtres humains et de donner la vie lui confère une supériorité que la nature ne vous a pas offerte. Le rôle social qui incombe aux femmes du faite qu’elles sont porteuses de vie est celui du véhicule de la culture ; fonction qui surpasse la plus part dès votres car la culture est la fondation de toute société. Enfin, l’attachement émotionnel que la femme développe vis-à-vis de ses enfants depuis leur gestation jusqu’à la naissance lui confère également une force psychologique qui lui permet d’endurer plus que vous les hommes. Nous sommes tous nés d’une femme et nos mères sont supérieures à nous tous. Alors quand les hommes prennent l’égalité de sexes comme ils l’entendent, ça n’est pas à eux de se plaindre mais aux femmes qui doivent être rabaissées au niveau de male : être incapable de porter ses progénitures. Nous sommes tous d’accord que l’homme et la femme ne sont pas physiquement, physiologiquement, socialement égaux.

À présent, revenons sur la question de l’égalité des sexes, agenda véhiculé en partie par les pays occidentaux qui vous chagrine autant. Et bien il est ici question de l’égalité juridique et politique voulant dire que devant la loi, la femme et l’homme doivent être égaux. Ceci est absolument possible car les lois sont créés par les humains et non par la nature. Nous ne pouvons pas contrôler nos différences physiologiques car nous sommes ainsi nés. Mais quand il est question de lois, ce sont les humains qui les établissent au sien des sociétés et il est inacceptable et injuste que dans une société dans laquelle homme et femme doivent cohabiter, les uns soient plus privilégiés et aient le pouvoir d’abuser des autres.

Dans les pays occidentaux pour la plus part, jusqu’au 20 eme siècle, les femmes ne pouvaient pas voter, elles ne pouvaient pas hériter ou posséder des biens et elles étaient exclues de tous les secteurs décision. Aux Etats-Unis par exemple c’est en 1920 que les femmes furent autorisées à voter et en France, ce fut en 1944, date assez récente. Et ces droits furent obtenus grâce au combat des femmes dans ces pays. Il a fallu encore plusieurs décennies pour que des femmes aient le droit de se présenter aux élections, joignent l’armée et gagnent un peu plus de la moitié de ce que gagne un homme pour le même travail donné. Aux USA, les données du ministère du travail révèlent que la femme gagne 30% moins que les hommes pour le même travail effectué. Alors quand on parle d’égalité des sexes, il est question de mettre fin à ces injustices qui punissent des êtres humains juste parce qu’elles sont femmes.

Certains me demanderont en quoi cela engage-t-il l’Afrique. Et bien dans plusieurs sociétés africaines, les femmes n’étaient pas injustement traitées comme c’est le cas en occident. L’Afrique a connu de nombreuses reines et guerrières comme Ravalona qui a résisté à l’occupation du Madagascar par la France, les amazones de Béhanzin qui ont mené la vie dure aux soldats français au Benin, ou encore Yaa Ansantewa, la reine Ashanti qui a mené une guerre farouche et terrible contre les anglais au Ghana pour ne citer que ces cas. Malheureusement, quand les sociétés machistes se sont frottées aux nôtres durant la colonisation, elles nous ont imposé leur mode de vie. Pour les européens à l’époque, une femme dirigeante et guerrière était un outrage et une chose inadmissible qu’il fallait corriger. Ainsi, ils nous ont imposés leurs lois, inculqués la culture de l’infériorisation de la femme. En lisant « Ainsi soit elle » de Benoite Groult, une journaliste française et militante des droits de la femme, vous découvrirez la façon exécrable dont les femmes étaient traitées en Europe et plus précisément en France. Il fut un temps ou en France, les hommes pouvaient amener leurs femmes au marché et les vendre pour en acheter une autre. L’un des philosophes français les plus populaires et les plus enseignés dans les écoles francophones Alain disait ceci : « J’ai souvent envie de demander aux femmes, pourquoi elles remplacent l’intelligence » et à l’un des écrivains les plus célèbres de la France de renchérir : « aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste». Quant à Mirabeau, « grand leader de la révolution française », il nous dit : « c’est nous qui faisons des femmes ce qu’elles valent et voilà pourquoi elles ne valent rien ». La liste est très longue et si je continue avec les Balzac, les Rousseau, les Voltaire et autres grands penseurs français qui étaient la lumière de la France et le miroir du pays des droits l’homme, je finirai par ressembler à cet être que Baudelaire décrit en ces termes : « la femme est naturelle, c’est-à-dire abominable ».

L’Afrique a donc été colonisée par des individus extrêmement misogynes qui ont transféré une partie de ce machisme aux africains et qui ont établi des lois similaires à celles de leurs pays dans nos sociétés. C’est ainsi qu’au Togo par exemple, une femme ne pouvait pas obtenir un passeport et /ou quitter le pays sans « une autorisation maritale » ; c’est-à-dire que le mari doit autoriser ses voyages sinon « toi pas bouger ». Il a fallu que les défenseursd es droits humains dénoncent cette injustice pour que dans la constitution de 1992, elle soit rectifiée. Avant 1992 pour être togolais, il fallait être ou l’épouse ou la fille d’un togolais car la femme ne pouvait pas octroyer sa nationalité à ses enfants ou à son mari non togolais. Plus loin, le code des personnes et de la famille du Togo était tout simplement le copié –collé du code de la famille de la France des années 1800 et ce n’est qu’en Juin 2012, qu’il fut amendé, octroyant plus de droits aux femmes devant la loi. Les fonctionnaires togolais cotisent tous à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et ce sont ces fonds qui servent à payer leurs pensions de retraites et des droits à leurs familles s’ils leur arrivaient un accident. Bien que le même pourcentage est prélevé sur le salaire des hommes comme des femmes, les bénéfices ne sont pas les mêmes pour les deux genres. Quand un fonctionnaire décède, son épouse peut toucher à une pension de veuvage mais quand une fonctionnaire décède, son conjoint ne reçoit rien. Ce qui signifie que malgré les cotisations de la femme, sa famille ne jouit pas des mêmes avantages et droits que celle de son collègue homme. Cette culture de la scolarisation des hommes au dépend de celles des femmes que les pays occidentaux prétendent combattre en Afrique aujourd’hui est née d’eux. Quand les colonisateurs ont créé leurs écoles dans nos sociétés, pendant de nombreuses années, ils refusaient d’enrôler les filles dans ces écoles car les « indigènes » éduquées à l’école occidentale, devraient servir de commis dans les administrations et ils ne recrutaient pas les femmes. Cette culture s’est ainsi insérée dans nos sociétés et dans les familles modestes, les parents préfèrent envoyer les garçons à l’école parce qu’il n’existait pas d’emploi pour une fille scolarisée ; décision qui était parfaitement raisonnable. Par ailleurs, quand les occidentaux se sont installés chez nous, ils nous imposés leurs monnaies qui sont devenues l’unité de mesure de la richesse dans nos sociétés. Malheureusement, étant donné que seuls les hommes pouvaient se faire payer pour leurs travaux dans les territoires occupés par les européens, eux seuls pouvaient s’enrichir et c’est cela qui a creusé un immense fossé financier ente les hommes et les femmes dans l’Afrique d’aujourd’hui.

Le débat sur l’égalité des sexes trouve très bien sa place dans cette Afrique contemporaine qui ne s’est pas encore décolonisée des lois et cultures machistes et ségrégationnistes héritées de la colonisation européenne. Qu’on ne me dise donc pas que le féminisme n’est valable qu’en Europe car l’Afrique d’aujourd’hui ressemble à l’Europe d’hier où les femmes font face à des injustices et des abus graves causés par une discrimination juridique, socio-politique, économique et culturelle. Et il va falloir que les femmes africaines se battent pour reprendre la place qui est leur a été arrachée aux seins de nos sociétés. Si pour les européens, la lutte l’égalité des sexes est une marche en avant, dans la plus part des sociétés africaines, c’est une marche arrière qui nécessite que les femmes se battent pour pouvoir occuper ces places de guerrières, de commerçantes, de dirigeantes, de médecins et d’enseignantes qu’elles occupaient dans les sociétés précoloniales. L’égalité des sexes en Afrique est tout simplement la décolonisation de la phallocratie en Afrique.

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