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Publié par Farida Bemba Nabourema

Charlie Hebdo, que dalle!

Des fois, il est nécessaire que certaines choses se produisent pour enclencher des débats sur des sujets qui touchent notre existence. S’il faut que ce soient des caricaturistes provocateurs français qui se fassent tuer par des déjantées qui digèrent très mal leurs salades pour que nous les africains réalisions certaines de nos failles alors je ne pourrai que dire Merci Charlie

Nous sommes de nombreux africains qui sommes choqués par la très grande émotion au sein des communautés africaines depuis la tragédie Charlie. Je suis dépassée par le niveau de compassion des miens car ce n’est pas tous les jours qu’il arrive aux dirigeants africains de décréter des deuils nationaux pour des drames de ce genre et je n’ai jamais vu un chef d’état africain participer à une manifestation pour dénoncer le terrorisme car la plus part le sont eux-mêmes dans leur pays. Ironiquement, ce n’est pas parce que les massacres de ce genre manquent chez nous car le monde entier sait que l’Afrique est devenue la capitale des massacres du temps contemporain. Deux choses m’agacent quand je vois le dévouement avec lequel les africains pleurent Charlie Hebdo. La première est le faite que nous ne montrons jamais la même compassion quand ce genre d’horreurs se produisent chez nous et cette indifférence me donne la nausée. Combien de fois n’ai-je pas dénoncé le silence de l’indifférence en Afrique ? La deuxième est le faite que nous autres africains, qui ne nous sentons pas obligés de pleurer Charlie Hebdo sommes étiquetés par les courroucés sélectifs d’extrémistes, de radicaux, d’anti-français et que sais-je quelle autre belle expression destinée à nous stigmatiser.

La conséquence de ces étiquettes est que la plus part des africains scandalisés par le zèle de nos proches qui souffrent immensément du meurtre des caricaturistes français se sentent obligés de se justifier. Les phrases commencent tantôt par « je suis contre le massacre de Charlie Hebdo » ou « Je condamne cet acte » puis vient le MAIS. Il faut un mais à tout prix car l’on veut nous priver le droit d’avoir une opinion sans savoir à nous justifier. On veut nous imposer une compassion collective même quant au fond de nous, nous savons que nous n’avons rien à cirer de ce qui s’est passé. Tout ceci, pour éviter les étiquettes et ne pas paraitre méchant aux yeux du monde.

Je ne vois pas ce pourquoi un hollandais, un français, un indien ou un canadien devrait absolument déclarer qu’il condamne le massacre de plus de 1000 togolais en 2005 par Faure Gnassingbé pour s'accaparer du pouvoir suite au décès de son père. S’ils compatissent à notre douleur, c’est tant mieux mais ce n’est pas leur devoir de condamner cet acte et d’ailleurs, ils ne l’ont pas fait car tout comme moi avec Charlie Hebdo, ils n’en ont que dalle. Pourquoi alors devrais-je être obligée de compatir à la douleur du peuple français quand non seulement celui-ci ne compatit pas aux miennes mais pire, finance et félicite les massacres des miens ? Oh j’allais oublier : parce que je suis Africaine. Et en tant qu’africaine, je suis supposée exister pour servir les autres et la douleur d’autrui doit avoir une priorité sur les miennes.

Les hypocrites diront que nous sommes des humains et que nous devons toujours déplorer le meurtre des êtres humains qui qu’ils soient. Mais j’aimerais alors savoir pourquoi ces hypocrites n’ont pas déploré le meurtre de Kadhafi ? Ils me diront que les caricaturistes étaient des innocentes personnes et j’irai leur demander quelle cour de justice a trouvé Kadhafi coupable d’un quelconque crime avant sa froide exécution ? J’ai vu Hillary Clinton rire aux éclats en regardant les images du meurtre de Kadhafi. Celui-ci n’est-il pas un homme ? Je suppose que non car seuls les blancs méritent d’être considérés comme Humain et quand l’un se fait tuer, nous devons nous mettre en rang pour pleurer. Personne n’a traité Mme Clinton d’extrémiste, de radicale, d’anti-arabe et que sais-je d’autre. Mais quand moi Farida je dis que je m’en fiche pas mal du décès de 12 français car il y a des milliers de personnes dont le meurtre par les dirigeants, hommes d’affaires, missionnaires, militaires et soient disant philanthropes français me pèsent sur le cœur, je suis étiquetée.

Et bien j’aimerais que tout le monde sache que je suis alors fière d’être extrémiste, radicale et anti-française en refusant d’être Charlie. Je n’ai pas honte, et pas peur de dire que les problèmes de la France, ceux qu’elle a créé elle-même en armant les gens contre leurs frères, en créant des hiérarchies raciales et religieuses ne sont pas les miens et je n’y compatis pas. Je ne dois absolument RIEN à la France et même si demain j’apprends que ce pays disparait de la planète Terre cela n’aura aucun effet sur ma personne. Parce que mon cœur est bourré de trop d’amertumes, de trop de rage et de trop de colère pour avoir ne serait-ce qu’un infime attachement envers une nation qui œuvre quotidiennement pour la destruction de la mienne. Et je ne suis pas désolée de ne pas être désolée par le massacre de Charlie Hebdo.

Cher François Hollande, veuillez recevoir l’expression de ma plus profonde indifférence. Farida Nabourema Citoyenne Togolaise Désabusée

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