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Publié par Farida Bemba Nabourema

Rediriger les luttes politiques en Afrique

Les luttes politiques en Afrique durant la colonisation ont été campées sur les relations entre les peuples africains et les colons. Les partis politiques nés peu avant nos indépendances avaient deux tendances :

1- Se libérer du colonialisme et établir des nations souveraines (Majorité)
2- Demeurer sous le joug des puissances coloniales et aspirer à une intégration (Minorité)

Les premiers ont réussi à prendre le pouvoir dans plusieurs pays mais furent très vite renversés et le pouvoir fut confié au deuxième groupe. Par conséquent, les indépendantistes furent remplacés par ceux-là qui ne croyaient pas en l’auto-détermination de l’Afrique et avaient un complexe d’infériorité vis-à-vis des colons car convaincus que le salut de leur peuple passe par ces derniers.

Bien évidemment, ces dirigeants complexés ont suivi à la lettre les recommandations des colons qui les ont dirigés dans le sens du surendettement et de la dépendance économique. Par conséquent, l’Afrique a subit une série d’ajustements structuraux imposés et soutenus par ces institutions coloniales tels que le FMI et la Banque Mondiale sans que l’avis des peuples ne soit demandé. Cela a conduit à des nombreuses crises sociales car les populations déjà démunies perdirent le minimum de services sociaux dont ils bénéficiaient sans qu’aucune mesure ne soit prise pour favoriser l’augmentation de leurs revenus. Ceci a conduit à de nombreux coups d’états dans nos pays car l’armée pendant longtemps et jusqu’à maintenant dans les nations arriérées était et est la seule institution qui fonctionne. Les militaires deviennent donc les solutions aux problèmes pour lesquels ils n’ont pas été formés à solutionner.

Nombreux des militants africains sont tombés dans le jeu des puissances impérialistes qui jettent entièrement le tort de l’échec de nos économies sur les dirigeants en avançant la corruption comme raison principale de nos malheurs. Le luxe aberrant dans lequel vivent ces dirigeants qui sont insensibles à la douleur du peuple et qu’encouragent dans les couloirs les puissances impérialistes ne dédouane gère ces dirigeants inconscients, irréfléchis et irresponsables qui ne réalisent pas que « leurs amis » pour qui ils oppriment leurs peuples se servent d’eux et que ce sont eux qui seront pris pour uniques responsables de la misère du peuple. Les dirigeants africains corrompus contribuent certes à l’appauvrissement de nos pays de par leurs pillages mais ce qu’ils détournent n’est qu’une miette de ce que leurs « maitres » de la métropole rasent. Ceci a défini les nouvelles tendances politiques en Afrique qui sont :

1- Il suffit de changer les dirigeants pour que nos pays se développent (Majorité)
2- Il faut changer le système et établir des états souverains. (Minorité)

L’élite africaine est en majorité constituée de ceux qui veulent simplement couper le tronc du problème mais n’osent pas prôner son déracinement car les uns ne font pas une lecture approfondie du problème et les autres ont peur de finir martyrs comme les tous premiers dirigeants indépendantistes qui avaient prôné la rupture avec la métropole et la souveraineté totale de leur nation. Cette élite conformiste et couarde dit au peuple que la mauvaise gouvernance est le principal problème et les élections la solution. Ils confortent ainsi les puissants car n’osant jamais s’en prendre à eux et refusant catégoriquement de se prononcer sur le système impérialiste qui désavantage leur pays. On ne verra donc presque jamais cette élite communément appelée « opposants » nous parler de leurs approches sur la politique monétaire, fiscale, budgétaire que la nation doit adopter. Ils n’osent souvent pas dire au peuple comment ils comptent leur fournir l’eau l’électricité, l’emploi, l’éducation et soins gratuits quand les caisses de l’état sont vides, le pays surendetté, l’économie non-compétitive et peu diversifiée. Ils préfèrent se camper sur les problèmes qui sont les conséquences de l’injustice structurelle et systémique dont est victime leur peuple à savoir la corruption, la répression politique, la torture qui sont certes une préoccupation majeure mais ne peuvent être substituées à la racine du problème : la domination de nos pays par les puissances étrangères qui décident de la valeur de notre politique domestique.

La couardise ou la paresse intellectuelle de l’élite qui refuse d’exposer le vrai problème au peuple et fuit les débats quand on les y invite est très dangereuse pour nos pays car une fois au pouvoir, ils ont les mains toutes aussi liées que leurs prédécesseurs et les changements qu’ils sont capables d’apporter sont superficiels conduisant le peuple naïf à sortir la fameuse phrase : « les politiciens sont tous les mêmes, ils ne tiennent jamais leurs promesses ». Eh bien on ne peut pas promettre d’offrir ce qu’on ne possède pas.
Il est impératif que la lutte politique africaine soit axée sur la souveraineté des pays africains et tout parti qui aspire à la magistrature suprême dans nos pays doit être à même de dire au peuple comment il compte reprendre contrôle des ressources du pays, effacer les dettes, augmenter la compétitivité, et établir des institutions pouvant garantir la protection de ces acquis et faciliter l’implémentation des mesures conjoncturelles prises pour sortir le pays de la dépendance. Le peuple africain connait ses bourreaux mais il ne connait pas les membres du jury qui l’on condamné à souffrir et à mourir.

C’est le devoir de la nouvelle génération de militants africains de rediriger la lutte politique en Afrique dans le sens d’une liberté totale.

Notre peuple mérite mieux.

Farida Nabourema
Citoyenne Togolaise Désabusée