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Publié par Farida Bemba Nabourema

Le mal afro-américain: notre devoir envers ceux-ci.

Avec la dernière polémique sur le meurtre des jeunes Noirs par la police américaine, beaucoup de salive coule sur le racisme aux Etats-Unis. Je juge nécessaire d’aller au-delà de ce qui est visible et de crever l’abcès car ce n’est pas tout que nous avons la chance de voir sur les réseaux sociaux.

L’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis n’a pas eu lieu parce que des blancs avaient à cœur la liberté des Noirs mais parce que les états industrialisés du nord sentaient une compétition injuste des états du sud qui dépendaient massivement des esclaves dans les champs pour les concurrencer. Tout a été un jeu politique pour toujours défendre les intérêts de l’élite blanche. Les esclaves d’hier sont devenus libres certes avec une guerre civile sous le président Abraham Lincoln. Cependant cette liberté élusive fut la pire arnaque de l’histoire des Etats-Unis. Que vaut la liberté « physique » quand on n’a pas de terre, pas de formation autre que cultiver les champs de ses maitres, pas d’argent, pas de logement, bref rien ? On redevient cette fois-ci esclave volontaire de ceux chez qui on quémande du travail et un peu de bienêtre.

De décennies en décennies, l’histoire des Afro-américains est tragique ; feutrée d’abus, de discrimination, de lynchage, de violence et d’exclusion. Aujourd’hui, bien que ceux-ci paraissent jouir d’un peu plus de liberté car n’ayant plus à se lever pour que les Blancs puissent s’assoir, ils vivent une persécution supposée garantir leur place au banc des plus nuls. Ce racisme que vous ignorez dont j’ai été témoin durant les deux dernières années est celui de l’éducation.

Je travaille dans une école primaire publique et jamais rien ne m’a autant traumatisé que ce dont j’ai été témoin dans les trois écoles dans lesquelles j’ai pris fonction. Toutes des « high priority schools », ce sont des écoles classées comme ayant les élèves les plus pauvres et bien entendu les moins performants et les plus troublés. Bien qu’elles bénéficient de certains financements pour soit disant améliorer leurs rendements, ce sont ces écoles où la majorité des enfants sont supposés finir délinquants. Dans ces écoles, des élèves viennent avec des armes et sont d’une violence et d’une insubordination que je n’aurais jamais imaginée venant des enfants de moins de 11 ans. Nous avons des élèves qui sont affamés dont le père ou la mère ou les deux sont prisons ou morts, dont les parents sont complément détruits par la drogue ou l’alcool et pour qui l’éducation de leurs enfants est le dernier des soucis. Nous avons des élèves qui sont promenés de maisons en maisons car rejetés par tous et qui finissent psychologiquement dérangés.

Ce qui est encore plus pénible est que dans une école ou presque tous les élèves sont Noirs, le corps enseignant est presque totalement blanc. Et à quelques exceptions près, ce sont des enseignants qui n’ont aucun amour pour leurs élèves et qui sont mêmes convaincus que d’ici quelques années, ceux-ci finiront derrière les barreaux. Ce sont des enseignants qui n’essayent même plus de venir en aide à leurs élèves car n’y voyant absolument aucun intérêt. Dans un pays normal, l’éducation des enfants est une priorité et l’état met tout en œuvre pour prévenir la délinquance juvénile en offrant des chances à tous de s’améliorer et de réussir. Personne ne nous condamne au CEP à devenir des meurtriers, des voleurs, des dealers de drogues et que sais-je encore. En Afrique, peut-être des chômeurs oui mais aux Etats-Unis la prison est la destination assurée des « insoumis » car la criminalité est chose nécessaire pour la survie des personnes exclues par le système parce que cela arrange les milliardaires blancs.

Avec plus de 2 millions de personnes en prison, le système carcéral est un business aux Etats-Unis appartenant à des compagnies privées et les Noirs sont les principaux « clients ». Il suffit de se faire arrêter une fois pour crime pour voir ses chances de trouver un travail totalement annihilées, et finir sans abri, sans aucun soutien social obligeant ainsi à commettre plus de crimes pour survivre. Le « convict » est cet hors la loi qui n’a aucun droit et dont l’abattage est beaucoup plus un service rendu à « l’humanité » qu’un meurtre. Raison pour laquelle la première chose que fait la police quand elle tue un Noir est de fouiller dans les tréfonds de son passé pour justifier son meurtre comme quoi c’était un petit délinquant qui se droguait et volait des chips dans les supermarchés. Les enfants afro-américains qui naissent et grandissent dans des conditions ultra précaires dont certains sont sans domicile fixe, passent la nuit dans des voitures ou immeubles abandonnés avec leurs mamans célibataires, (s’ils ont la chance qu’elle soit en vie et ne se prostitue pas) sont conditionnés dès l’enfance à devenir des hors-la loi.

Au vu de cela je me suis rendue compte « O combien » il est profond le mal des afro-américains. Avant de travailler dans le système éducatif, j’étais comme nombreux de ces africains qui se demandaient pourquoi la plus part des Noirs américains sont si violents, si délinquants refusant de s’instruire et de travailler ? Je me posais cette question car c’est l’image que la majorité blanche a réussi à vendre de ces Noirs dont l’égarement est leur source de revenus. Aujourd’hui je comprends que jamais les choses ne changeront tant que l’élite afro-américaine ne fera de l’éducation des leurs, leur priorité. Et par éducation je ne veux point parler de l’alphabétisation qui consiste à apprendre à lire, écrire, compter sans rien toucher de l’histoire et des crises identitaires et socio-culturelles. Tant que les élites seront les quelques chanceux sauvés par le sport, la musique où le cinéma leurrant ainsi toute la jeunesse dans le show-bizz ou moins d’1% aura la chance de réussir, les afro-américains seront condamnés aux abus de toute sorte dans ce pays ou la loi a toujours été du côté des oppresseurs et le « law enforcement » est le tout simplement le renforcement de l’oppression car Oui, l’esclavage et la ségrégation étaient totalement légaux.

Beaucoup se demanderont à quoi aura servi Barack Obama car ayant vu en lui la fin du racisme. Dans un pays où le président est élu par un collège d’électeurs et non directement par le peuple, où les afro-américains représentent 14% de la population mais dont plus de 80% ne votent pas, Barack Obama est un représentant d’un collège de milliardaires blancs et non celui d’un peuple pour qui même le diable n’a du respect. Nous les africains nous distançons souvent des problèmes des afro-americains car ne nous sentant pas concernés. Mais il nous faut surtout à nous autres qui vivons par millions aux USA savoir que cela n’aurait pas été possible sans eux. Pour que nous Noirs Africains puissions immigrer aux Etats-Unis pour une raison ou une autre, il eut fallu que des Malcom X, des Bobby Seale, des Martin Luther King, des Huey P. Newton et bien d’autres se battent des années cinquante jusqu’au années 80 avant l’Immigration Act de 1990 qui a lancé le programme du Diversity Visa communément appelé « la loterie visa ».

Nous avons fui la dictature, la misère, le manque d’infrastructures dans nos pays pas à cause de la débonnaireté des blancs mais grâce au sacrifice des Noirs : des afro-américains. Si ce ne fut pour leur lutte contre la ségrégation, nous Noirs africains ne pourrions pas nous instruire dans les meilleures universités du pays et nous offrir un semblant de confort. Pour finir, je pense sincèrement que c’est à notre tour de nous battre pour libérer et construire l’Afrique afin d’offrir à nos frères afro-américains et à tous les descendants de nos ancêtres persécutés partout dans le monde, la chance de rentrer. Car oui ils ont un chez qui est l’Afrique.

Farida Bemba Nabourema

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