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Publié par Farida Bemba Nabourema

L'emploi des femmes en Afrique: entre sexisme et mauvaise gouvernance

Les jeunes fuient de plus en plus notre cher continent en quête d’une vie meilleure. Et les histoires des horreurs de leurs aventures nous parviennent quotidiennement faisant de leurs naufrages dans la méditerranée, leurs meurtres dans les jungles du Maroc ou leurs abus au Moyen Orient des non-événements. On cri de douleur et de colère pendant quelques jours et on critique les vicieux dirigeants de nos pays africains et ceux impérialistes et racistes des pays occidentaux et/ou orientaux puis la vie continue.

Dans cette marre d’injustice qui s’abat sur notre peuple parce que notre terre bien que la plus riche de la planète soit une tombe de désespoir pour toutes les raisons que nous ne saurons citer, un cas me touche particulièrement : celle des femmes. Surement parce que j’en suis une et les conditions auraient été différentes que je serais aussi aujourd’hui, pas la Farida Nabourema que nombreux célèbrent et d’aucuns vilipendent mais l’esclave d’un saoudien, la boniche d’un libanais ou la prostituée d’un italien. Bref, j’aurais pu aussi être victime du trafic humain car africaine je suis et issue d’un des pays les plus vandalisé du continent, il aurait fallu un parent fauchée par l’illettrisme ou le dogmatisme religieux, des études primaires ou secondaires ratées et un entourage mal informé pour que je sois vendue pour le salut des miens.

Quand je poste des articles ou images parlant des jeunes femmes africaines victimes du trafic humain en orient et dont les vies sont en danger, la plus cynique des questions qu’il me vient à lire est celle-ci : « que vont-elle chercher là-bas » ? Oui c’est tout comme la jeune fille qui se fait violer en boite de nuit qui porte le blâme de son déshonneur parce que son genre serait une menace à sa sécurité. Nous devrions d’abord avoir honte qu’il puisse exister sur terre des pays où être Noir et femme vous condamne à l’abus, l’esclavage et la mort et bien que l’histoire macabre de l’esclavage et de la colonisation a entaché notre fierté, ceci n’excuse pas notre déshumanisation par qui que ce soit et où que nous allons. Non nous ne tuons pas les blancs en Afrique parce qu’ils ont une carence en mélanine. Non nous ne brulons pas vive les indiennes en Afrique parce qu’elles ont des cheveux longs et épais laissant pâlir les plus complexées d’entre nous. Non nous ne tabassons pas les chinois en Afrique parce qu’ils ont des yeux bridés et Non nous n’abusons pas les libanais qui pullulent dans nos capitales en quête de richesse car incapables de subsister dans leur 20,000 km2 hyper surpeuplé. Alors Non, je ne vais pas tolérer et encore moins justifier l’abus des Noir(e)s nulle part dans le monde car mon genre n’est pas une malédiction et mon épiderme une maladie à éradiquer. En tant que femme noire, je veux et doit pouvoir circuler dans le monde sans être inquiétée ou harcelée tout simplement parce que cette planète est aussi ma propriété et je revendique ce droit.

Au-delà de cette colère qui m’anime à chaque fois que les victimes sont condamnées et non les abuseurs, je suis plongée dans un océan de frustrations : celles des conditions des femmes en Afrique. Ayons toujours la clairvoyance de poser les bonnes questions avant de conclure hâtivement et de nous acharner contre ces pauvres femmes qui ne cherchent qu’à survivre au point de mettre leur vie en péril et ayons le courage de dire que l’Afrique est aujourd’hui un territoire hostile à la femme de par le sexisme qui existe dans presque tous les secteurs en l’occurrence celui de l’emploi. Les femmes qui finissent esclaves des arabes ont toutes deux points en commun : la pauvreté, et la sous-éducation.

Dans nos pays, les femmes sont celles qui font le moins d’études et les abandonnent le plus vite pour plusieurs raisons à savoir la pauvreté, la grossesse précoce, les dogmes religieux, culturels etc… Et une femme qui n’a pas fait de longues études atterrit presque toujours en «Série C » : couture, coiffure, cuisine, commerce. La conséquence est que bien qu’étant la majorité en nombre, les choix des métiers des jeunes femmes non instruites qui représentent plus de 40% de nos populations sont limités. Quand le garçon illettré ou semi-lettré peut tout aussi choisir un domaine de la « Série C », il peut aussi devenir maçon, menuisier, cordonnier, transporteur, forgeron, mécanicien, frigoriste, peintre, staffeur, carreleur, plombier pour ne citer que ceux-là. Ceci est une simple question de mathématiques. Si 10 millions d’hommes ont à se partager 30 professions, ces 10 millions de femmes ont à se partager moins du quart de ce que peuvent choisir comme profession les hommes. Cela accroit donc la compétition dans les métiers des femmes et leurs formations étant informelles, non régularisées et inadaptées aux besoins du marché, elles s’en sortent difficilement dans ces métiers précaires. Les femmes sont indirectement exclues des professions les plus rémunératrices et bénéficient de formations incomplètes des fois inadéquates à leur milieu qui couplées à leur bas niveau d’étude leur garanti la misère comme salaire.

Ceci n’est certainement pas la seule raison pour laquelle nos jeunes sœurs fuient nos pays et vont risquer leur vie en orient car se laissant envouter par les promesses des trafiquants qui abusent de leur naïveté, manque de culture et leur désespoir pour les prendre au piège telles des souries attirées par le parfum d’un fromage. Toutefois, le manque d’emploi et le sous-emploi des femmes sont les principaux architectes de ces drames qui se déroulent sous nos yeux. Sans une véritable politique d’emploi pour notre jeunesse en particulier les femmes, nous perdrons toujours des vies dans ces aventures aussi périlleuses. Nous avons certes des « success stories » de femmes analphabètes parties de rien et devenues milliardaires et chefs d’entreprises de par leur savoir-faire mais il nous faut être réaliste et avouer que ce n’est pas tous les jours que naissent des génies et que des uns ont besoin d’un coup de pouce pour joindre les deux bouts.

Je voudrais faire comprendre à ceux qui confortablement lotis dans leur mirage de succès jettent les pierres sur nos sœurs victimes d’exploitation et d’abus parce que celles-ci par ignorance se sont aventurées au Moyen Orient en quête d’un emploi, de s’autocritiquer en premier avant de juger leurs sœurs. Avec moins de $100 on peut créer de l’emploi pour une femme en Afrique mais on n’y pense presque jamais même quand on en a les moyens. Il faudrait donc vous demander à combien de filles vous avez offert la chance de travailler et de gagner convenablement leur vie en Afrique avant d’ajouter la puanteur de votre insensibilité à leur douleur.

Enfin, il m’est impossible de conclure sans envoyer mes aversions les plus saumâtres aux égoïstes qui se maintiennent de force à la tête de nos pays grâce aux friperies d’armes que leur déverse l’occident et qui condamnent notre jeunesse à toute forme d’abus sur toute l’étendue de globe. Ces dirigeants dont l’utilité pour nos pays est comparable à celle d’un appendice pourri sur notre appareil digestif car ne servant à a rien à part nous causer des douleurs atroces et exposant nos vies a toute forme de dangers. Sans le balayage de ces gouvernants infestés par l’égocentrisme nous serons éternellement des damnés de la terre.

Farida Nabourema

Citoyenne Africaine Désabusée

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