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Publié par Farida Bemba Nabourema

Lettre à mon enfant

Je voudrais adresser cette lettre à cet enfant africain que j’aurai un jour où pas

Cher enfant Africain,

Un jour, tu me liras dans cette lettre ouverte qui j’espère t’éclairera sur le monde dans lequel tu es né. Je voudrais dans les lignes quisuivent anticiper sur tes possibles inquiétudes et t’offrir la chance (que moi je n’ai jamais eue) de cerner et de comprendre tes origines, ton identité et ta destinée à travers ces quelques centaines de mots. Je m’évertuerai à t’expliquer qui tu es, pourquoi tu es et ce que tu te dois d’être.

Tu es l’enfant de l’Afrique. Tu as sûrement été gratifié d’une peau mélaminée qui te protège certes des rayons nocifs du soleil mais quit’attire ennuis et mépris car le monde, depuis des siècles avant ta naissance, a perdu toute considération pour tes semblables. Du moins, de mon vivant, nous valons moins que rien.

Tu es l’enfant du continent le plus vieux, le plus riche et le plus puissant de la planète. Descendant du peuple qui a dominé le monde durant près de 3 millions d’années, tu te retrouves parmi cette génération forte privilégiée qui aura le devoir de restaurer à l’Afrique, le pouvoir, le respect et la dignité qu’elle a perdus les cinq siècles derniers. L’histoire de l’Humanité s’étend sur plusieurs millions d’années mais depuis seulement 500 ans, ton peuple a perdu sa gloire et ton continent est tombé dans l’abîme car ayant trop cru en son invulnérabilité.

Toutefois, nous, tes prédécesseurs, comptons sur vous autres pour rallumer la flamme de notre gloire.

Cher enfant, il te faut comprendre trois petites choses pour accomplir la mission que je te confie. Primo : L’Afrique n’a pour ami que toi. Plus tôt tu réaliseras que nul autre que toi ne réparera le tort que t’ont causé tes prédécesseurs, plus vite tu viendras à bout de l’adversaire. Secundo : Dans la jungle de l’Humanité, tu es la proie la plus convoitée car tout de toi, à savoir ton immense ingéniosité et l’inestimable richesse de tes terres, fera de quiconque les contrôlera, le plus puissant de la planète. Sache que sans toi et sans ta terre, le monde ne vaut rien car tu es l’essence de l’humanité. Ta vie et ta terre sont sacrées. Tu te dois donc de les défendre quel qu’en soit le prix. Tertio : Tu dois impérativement connaitre ton histoire et tirer les leçons de nos erreurs ainsi que de celles de nos ancêtres. Que notre naïveté, notre docilité et notre impécuniosité d’esprit ne te servent point d’exemples. Vas à la quête du savoir partout il se trouvera et apprivoise-le. N’aspire point à être comme les autres car leur meilleur doit être ta médiocrité et leur finalité, ton préambule.

Tu te demandes sûrement pourquoi nous autres t’avions condamné à porter le lourd fardeau qu’est la reconquête de l’hégémonie africaine. Je comprends ta frustration et te présente d’ores et déjà mes excuses. Note bien que nous avons essayé autant que possible de vous épargner ce combat. Tu dois comprendre que la terre que frôlent tes pieds est enrichie par le sang de vaillants guerriers tels que Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral, Marien Ngouabi, Behanzin, Samory Toure, Nabiema Bonsafo, Sylvanus Olympio, Barthelemy Boganda, Sekou Touré, Mahamoud Harbi Farah, Outel Bono et des dizaines de millions d’autres dont je ne sauraisciter les noms. Ces vaillants guerriers ont tout donné pour t’épargner la servitude et ils sont une armée spirituelle invisible qui t’accompagnera dans tous tes combats. A tes côtés, ils se battront à travers la richesse de leurs enseignements et la profondeur de leur histoire.

Cher enfant Africain, je ne saurais partir sans te faire un résumé de ce qu’est le monde dans lequel je vis. Ici, nous sommes dans une impasse totale. A plus d’un milliard d’habitants, l’Afrique est infestée par la pauvreté, les épidémies, les conflits religieux et ethniques alimentés par ceux-là même pour qui notre misère est une richesse. Presque tous nos pays sont dirigés par d’incultes égoïstes qui monnayent leur dignité pour un semblant de pouvoir et de confort qui les dépouillent de tout au point de les obliger à se nourrir des aliments transformés par les autres, à rouler dans les véhicules fabriqués par les autres et à se soigner dans des hôpitaux construits par les autres. Nous sommes dépossédés de tout et notre seule fortune demeure notre rêve d’un monde dans lequel vous autres, ne finirez pas dans les estomacs de requins comme ces milliers des nôtres qui se noient en essayant de fuir l’indigence que leur réserve notre continent.

Dans notre monde, les autres, de l’Est comme de l’Ouest, abusent de nous et pillent nos richesses. Nos protestations sont réprimées dans le sang par ces apostats indignes érigés en chefs d’Etat. Nous empruntons notre propre argent à nos ennemis à des taux d’intérêts exorbitants car ces derniers veulent faire de vous, nos progénitures, les esclaves des leurs, bien avant votre naissance. Notre monde vous condamne à la souffrance et, malgré les efforts et les sacrifices des uns, j’ai bien peur que l’insouciance et la résignation des autres ne puissent vous épargner la misère que nous vivons. Je ne sais de quoi sera fait demain et je te demande pardon si pire que la nôtre est ton Afrique. Sache que chaque jour qui passe, j’espère que mes semblables réaliseront la gravité de notre condition et s’activeront à combattre nos prédateurs. Mais hélas, je ne saurai te dire cher enfant si ce jour arrivera ; raison pour laquelle je porte tous mes espoirs sur toi et te laisse cette lettre au demeurant.

J’espère qu’à présent, tu as une idée de la mission qui t’incombe. Tu dois, cher enfant Africain, ne pas y faillir et encore une fois, rappelle-toi que nous sommes ta fondation et du fond de la terre où reposent nos ossements, nous te soutiendrons par centaines de millions.

Fais notre fierté et accorde-nous le repos dans la paix qui ne sera possible que quand vous autres ne serez plus asservis.

Farida Bemba Nabourema

Citoyenne Africaine Désabusée

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