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Publié par Farida Bemba Nabourema

Depuis leurs indépendances, la majeure partie des pays africains ont gardé comme langue officielle celle des pays colonisateurs. Pour ce qu’il en est des pays anciennement dominés par la France, l’usage du français comme langue officielle est extrêmement lucratif pour la puissance coloniale qui détient le monopole de la production des manuels scolaires et matériels didactiques pour ces pays.

Les africains issus des pays francophones ignorent que les maisons d’éditions françaises détiennent plus de 90% de la production et de la distribution des manuels scolaires utilisés dans leurs pays. L’Afrique n’a presqu’aucun contrôle sur le contenu des manuels scolaires qui sont rédigés par des auteurs français qui dans certains cas tropicalisent ces manuels en donnant des noms africains à leurs personnages et en contextualisent leurs histoires aux communautés africaines. Du coup, les élèves africains lisent dans leurs livres des histoires dites africaines rédigées par des européens qui pour la plupart n’ont pas passé plus d’une saison dans les tropiques. Presque chaque africain ayant été scolarisé dans un pays d’Afrique « francophone » a eu à lire Mamadou et Bineta. Mais combien sommes nous à savoir que ce manuel a été composé par EDICEF, une maison d’édition française qui depuis des décennies en garde l’entièreté des droits de production et de distribution?

Ce qui me dérange au-delà de l’incapacité des pays africains à composer les manuels scolaires enseignés dans ses écoles, c’est la fortune que se font les compagnies françaises dans la production de ces manuels destinés à l’Afrique. Hachette Internationale, filiale du groupe Lagardère et actionnaire du groupe Le Monde détient à elle seule 85% du marché des manuels scolaires en Afrique francophone par le biais de deux de ses marques EDICEF et Hatier International.  Selon l’UNESCO « en Afrique subsaharienne francophone, le manuel scolaire représente environ 15 % du budget alloué à l’éducation, soit une dépense d’environ 500 milliards de franc CFA sur dix ans ».

L’importation des manuels scolaires français dans les pays d’Afrique francophone empêche l’éclosion des maisons d’éditions africaines qui peinent à compétir avec un éditeur de taille comme Hatier qui en plus bénéficie des avantages de l’économie d’échelle ainsi que des financements des bailleurs de fonds. En 2014 par exemple, la Banque Mondiale aurait octroyé un marché de 192 milliards de Francs CFA à Hatier International pour la production de manuels scolaires destinés aux pays d’Afrique francophone. Il est tout de même inconcevable que le bois qui sert à fabriquer ces livres proviennent des forêts tropicales africaines , que notre continent regorge d’innombrables talents dans l’illustration et l’écriture mais que nos comptes soient saignés pour alimenter les entreprises françaises et donner du tonus à une langue qui serait morte depuis fort longtemps n’eut été les 150 millions d’africains qui la parlent.

Nous africains devons donc réaliser que nous payons cher l’usage de la langue française et que rien qui nous vient de cette nation n’est gratuite.  

 Farida Bemba Nabourema

Citoyenne Africaine Désabusée

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