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Publié par Farida Bemba Nabourema

 

 

 

19 septembre. 2017,

Son Excellence Av. Faith Pansy Tlakula

Présidente de la Commission

Rapporteur spécial sur la liberté d'expression

Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples

Banjul, Gambie

Objet: Appel à Son Excellence à prendre position contre les violations des droits de l'homme au Togo

Votre Excellence Av. Faith Pansy Tlakula,

C’est avec une vive préoccupation que nous venons vers vous en tant que citoyens du Togo et de l'Union africaine. Au cours de ces dernières semaines, notre très cher pays le Togo est à la une des actualités suite à de massives protestations contre le gouvernement de Faure Gnassingbe.

Les manifestations qui ont débuté le 19 août 2017 avaient initialement pour but d’obtenir le retour de la constitution de 1992 qui incorpore la limitation des mandats, des élections à deux tours et le vote de la diaspora. Malheureusement, le gouvernement a réagi avec une vive répression et plusieurs personnes ont été tuées. Le traitement violent par les autorités des manifestations du 19 août a suscité la colère générale au sein des populations du Togo qui ont appelé toutes les forces vives de l'opposition à s'unir et à prendre de sérieuses mesures contre le gouvernement répressif.

Le lundi 4 septembre 2017, à la suite d'un conseil des ministres, le gouvernement de Faure Gnassingbe a annoncé qu'il avait l'intention de soumettre un projet de loi au Parlement pour modifier les articles litigieux de la constitution. Le lendemain, mardi 5 septembre 2017, le gouvernement de Faure Gnassingbe a bloqué l'internet en violation de notre liberté d'expression et de nos droits d'accès à l'information.

Le 6 septembre 2017, le peuple togolais dépassé par l'insensibilité du gouvernement a tenu la plus grande protestation jamais vue dans l'histoire de notre pays avec des centaines de milliers de personnes qui sont sortis dans les rues dans plusieurs villes sur toute l’étendue du territoire. Le deuxième jour des protestations, le nombre de manifestants a doublé selon les observateurs internationaux et les manifestants ont décidé de ne pas rentrer chez eux jusqu'à ce que le président Faure Gnassingbe, qui n’a servi que du mépris et la répression au peuple du Togo, démissionne.

Les Togolais qui ont perdu confiance en leur gouvernement ont fait face à leur la plus ultime peur le jeudi 7 septembre à 22h30 précises quand le gouvernement togolais a ordonné à ses forces de police et militaires de réprimer les manifestations. Depuis ce jeudi soir, une nouvelle page d'horreur s'est ouverte dans l'histoire du Togo. Les hommes en uniformes (militaires et police confondus) ont non seulement tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, mais les ont pourchassés jusque dans leurs maisons, les ont brutalisés et arrêtés.  Les images et vidéos de cette répression circulent sur Internet malgré l'embargo total du gouvernement sur ces événements renforcé par une coupure absolu de l'Internet pendant 6 jours consécutifs. Ce faisant, le gouvernement du Togo nous a privés, nous, peuple du Togo de notre liberté d’expression et de notre droit de manifester : droits qui sont deux principes fondamentaux de la démocratie.

Jusqu'à présent, de nombreuses personnes ont été arrêtées, plusieurs sont blessées et les militaires occupent toutes les principales rues et routes du Togo, propageant la terreur. Avec cette reprise renouvelée de la violence de l'État perpétrée contre les manifestants pacifiques non armés au Togo, et la volonté du gouvernement de ne pas respecter et protéger nos droits, nous sommes extrêmement préoccupés par notre sécurité et nos vies. Ce nouvel épisode de violence ramène des souvenirs douloureux de 2005 lorsqu’au moins 500 de nos compatriotes ont été abattues lors de la crise post-électorale qui a porté Faure Gnassingbe au pouvoir. Même si une enquête parrainée par les Nations Unies a confirmé à la fois la violence et les meurtres, ces crimes sont restés impunis jusqu'à ce jour.

Connaissant le niveau de brutalité des militaires au Togo et la capacité de notre gouvernement de nous faire taire en nous tabassant, nous détenant, nous torturant et en tuant autant de personnes que possibles pour décourager nos actions contre son règne dictatorial, nous, peuple du Togo, vous demandons de prendre des mesures fermes contre ces exactions. En tant que défenseur ardent des principes démocratiques et des droits de l'homme, et dans votre double position de Présidente de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, puis de Rapporteur Spécial sur la Liberté d'Expression et l'Accès à l'information, nous vous convions à prendre position contre les abus et la violation des droits du peuple Togolais.

Il est clairement indiqué que votre mission en tant que Rapporteur Spécial sur la Liberté d'Expression et l'Accès à l’Information est de: faire des interventions publiques lorsque des violations du droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information ont été portées à votre attention, notamment en publiant des déclarations publiques, des communiqués de presse et en envoyant des appels aux Etats membres pour demander des éclaircissements; …"Malheureusement, depuis que l'abus des droits du peuple togolais  se déroule, nous, les citoyens du Togo avons attendu inlassablement que votre bureau condamne et enquête sur de telles violations . Malgré le sentiment d'abandon et d'impuissance, nous croyons toujours fermement à l'engagement de votre organisation de défendre les droits des Peuples d'Afrique.

 

Nous exhortons son Excellence à faire tout ce qui est en votre pouvoir pour envoyer un message fort aux dirigeants togolais que leur comportement est inacceptable dans l'Afrique que nous voulons tous, une Afrique que vous et votre commission travaillez si dur pour construire: une Afrique libre de toute impunité et d'abus des droits de l'homme.

Chère Excellence Faith Pansy Tlakula, nous aimerions que vous puissiez rompre le cycle de l'impunité que le peuple du Togo subit depuis des décennies. Alors que nous redescendrons dans les rues demain Mercredi 20 Septembre 2017, nous vous invitons à prendre des mesures contre les abus des droits de l'homme au Togo et demander au gouvernement du Togo de respecter la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance.

Veuillez agréer Son Excellence, nos salutations les plus distinguées et pleine d’espoir,

 

Farida Bemba Nabourema

Présidente de la Ligue civile togolaise