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Publié par Farida Bemba Nabourema

Katie Meyler, je n'avais jamais entendu ce nom jusqu' hier et fort heureusement d’ailleurs. Même si elle est supposée être célèbre dans « l’industrie des œuvres caritatives en Afrique », une économie de plusieurs milliards de dollars basée sur le capitalisme abusivement appelée philanthropisme, je n'ai jamais eu la malchance de tomber sur elle et sur le travail « formidable » qu'elle faisait soi-disant pour sauver les enfants pauvres en Afrique.

Depuis mes années universitaires aux États-Unis, j’ai toujours été dégoûtée par les fausses histoires que j'ai eu à entendre à maintes reprises par ces soient-disant experts du développement, ces associations caritatives et ces spécialistes de la pauvreté qui séduisent des milliers d'étudiants américains avec leurs solutions placebo pour un continent pour lequel ils en ont autant à cirer que j’en ai de la neige. Je me souviens du blog que j'avais écrit pour le Millenium Campus Conference à laquelle j’avais assisté durant près d'une semaine à l'Université Harvard en 2011 sur la façon dont de jeunes brillants Américains proposaient des idées novatrices pour aider les pays pauvres à atteindre leurs Objectifs du Millénaire pour le Développement. Objectifs qui bien entendu ne mentionnent pas la liberté, l’état de droit, la justice et l’égalité. Je me souviens que cette conférence avait provoqué une telle indignation en moi.

En tant que fille d'un de ces pays en voie développement dont les récits sont manipulés par des organisations caritatives occidentales pour collecter des fonds, dans le blog que j'avais écrit toute enragée dans le bus alors que je rentrais de Boston, j'ai mentionné à quel point je m’étais sentie insultée à l'âge de 11 ans quand des lycéens français sont venus à mon collège lors d'une de ces excursions de « Volontariat en Afrique» pour nous apprendre à nous brosser les dents. Une véritable insulte pour nous tous dont les parents s’assuraient déjà que nos dents soient plus brillantes que la glace.

À Boston, une décennie plus tard, lors du Millenium Campus Conference, nous apprenions que des étudiants américains s'étaient rendus en Afrique et en Inde pour enseigner l'anglais à des enfants. Je me sentais à nouveau si insultée que moi, originaire d'un pays francophone étudiant l'anglais, une quatrième langue en Amérique pouvait rédiger mieux en anglais que la plupart des étudiants nés aux États-Unis avec lesquels j'ai travaillé sur des projets de groupe. J’étais tellement outrée que les centaines de diplômés en anglais de mon pays qui bataillent le chômage depuis plus d'une décennie ne pouvaient pas être embauchés pour enseigner dans leur propre pays à des enfants dont pour la plupart parlent leur langue maternelle; et il faille que ce soient des post-adolescents américains qui ont encore du mal à écrire des lettres de motivation attrayantes pour leur prochain stage qui sont envoyés dans des pays comme le mien pour enseigner l'anglais.

Je ne comprenais pas à quel point notre éducation était prise à la légère par ces organisations caritatives, qui tiraient profit de la vulnérabilité de nos États et de la paresse de nos dirigeants pour imbéciliser les normes de notre éducation et la réduire à une sorte de loisirs pour des jeunes occidentaux privilégiés qui veulent expérimenter la pauvreté. Au-delà de ceci, je ne pouvais pas supporter la fausse inspiration qu’ils essayaient de vendre en obligeant les gens à voir l’humanisme dans leurs actions et comment, grâce à eux, des enfants pauvres, qui à peine pouvaient manger une fois par jour, étaient maintenant capables de lire et d’écrire leurs noms.

 

Il y avait tellement d'idées proposées par ces jeunes rêvasseurs pour « résoudre » nos problèmes, comme exemple un ballon de football capable de conserver les rayons du soleil et être utilisé par les enfants des zones rurales comme une lampe pour étudier la nuit. J'étais vraiment sidérée du genre: « vous allez investir des millions de dollars dans ces jouets alors que vous auriez pu installer des centrales solaires dans les villages! Comment se fait-il que les enfants américains n’aient pas besoin de jouer au ballon le jour pour pouvoir stocker de l’électricité et lire la nuit? » L’apogée de la foutaise!  Mais bon, que sais-je? Je ne suis qu’une pauvre tiers-mondiste!

L’activiste en moi n'a jamais toléré qu'on profite d’elle ni en tant qu'individu, ni en tant que membre d'une communauté et plus le temps passait, plus je méprisais l'hypocrisie de tant d’organisations caritative américaines et occidentales. Les personnes qui les défendent diront que leur aide est nécessaire et que, même s’il y a quelques-uns qui échouent, leurs efforts sont pour la plupart louables. Je ne souhaite pas rentrer dans ce débat théorique sur l'inutilité de l'aide au développement. L'économiste Dambisa Moyo a fait un excellent travail sur cette question dans son livre «Dead Aid». Je dois toutefois signifier que ce que je déteste le plus de ces organisations, c'est comment, pour la plupart, moins de 10% de l'argent recueilli finit par servir les personnes pour lesquelles cet argent est destiné. La majeure partie de cet argent est absorbée par les frais d’opération leur permettant de maintenir leurs statuts de nouveaux riches des 1% en Afrique, en se faisant servir par une pléthore d'employés de maison, conduire les dernières 4 X 4 et geler sous les climatiseurs qui tournent 24h / 24 et 7j / 7 à l’aide de groupes électrogènes.

En Afrique, si vous voulez vivre grand, entrez en politique et volez le peuple ou rejoignez une ONG caritative et volez « pour » le peuple. Lors de mon premier jour à l'université de Lomé, il y a un peu plus de dix ans, j'avais constaté que nombreux de mes anciens camarades de classe qui, comme moi, étaient pré- disqualifiés à nous aventurer dans les facultés scientifiques parce que nous eûmes choisi la littérature et la philosophie au lycée, se spécialisaient en sociologie. Je leur ai demandé pourquoi ce choix et ils m'ont dit qu'ils souhaitaient obtenir un diplôme en sociologie afin de pouvoir travailler pour une ONG, car c'est là que se trouve l'argent. Il m'a fallu aller en Amérique pour plaindre ce choix, car si les nôtres pensent que ce sont eux qui se font de l'argent, la réalité est que les organisations mères enregistrées quelque part aux États-Unis ou dans le plus petit continent du monde (Europe) sont celles qui s’enrichissent. Les hommes et les femmes d’affaires fortunés reversent une partie des bénéfices tirés de la surfacturation de leurs produits et services aux organismes de bienfaisance afin d’éviter de les payer aux gouvernements en impôts; cet argent est ensuite recyclé dans les comptes des dirigeants de ces organisations caritatives et les maigres restes sont distribués aux misérables qui se trouvent au bas de cette pyramide de fraude.

Les frais de scolarité pour l’enseignement secondaire dans une école publique dans un pays comme le mien revient à près de 12 dollars par an. J'ai même payé la moitié parce que j'ai bénéficié de la remise offerte aux enseignants des écoles publiques à l'instar de ma mère. Une organisation caritative américaine sera toutefois capable de collecter jusqu'à un million de dollars pour scolariser 100 enfants dans un pays comme le Togo et sera applaudie pour cette supercherie. Les revenus de ces organismes de bienfaisance sont souvent bien supérieurs au budget du ministère de l’éducation de nos pays. Des images d'enfants souriants et heureux seront utilisées sur leurs pages des réseaux sociaux pour décrire comment, grâce à eux, 100 enfants pauvres, de préférence des filles (ça se vend mieux), probablement des orphelins dont les parents sont morts de la guerre, de la famine, du VIH et plus récemment de la fascinante maladie Ebola, reçoivent maintenant une éducation grâce à la générosité d’amoureux humanistes aimants des donateurs américains.

Qui d’ailleurs est cette la Katie Myler et sur quoi porte cet article? Elle fait partie des héros américains récompensés par de nombreux prix pour son travail philanthropique remarquable. Elle est désormais sous les feux de la rampe pour avoir dissimulé les actes de violence perpétrés contre de nombreuses filles libériennes qui ont été violées par son ex-amoureux maintenant décédé des suites du VIH mais s’est assuré d’avoir étendu sa « charité » aux clients de leur école appelée « More Than Me »: des filles pauvres et vulnérables dans un pays ravagée par la guerre et Ebola.  Voilà : elle ne mérite pas plus qu'une phrase de mon article.

Il y a quelques semaines, alors que je suivais un programme à l'Université de Denver, j'avais discuté de la question de l’abus sexuel des enfants par des missionnaires occidentaux en Afrique avec la conférencière principale, la révérende Tracy Blackmon, une des principales activistes de Black Lives Matter. Elle a partagé avec nous son projet de mise en évidence de la culture du viol dans « l’industrie » de l'Église lorsqu'elle s'exprimera devant le pape quelques semaines après notre événement à Denver. Je lui ai dit d’ajouter qu’aujourd’hui, le monde s’intéresse de plus en plus au viol de « garçons Blancs » par des prêtres catholiques, comme l’ont déclaré de nombreuses victimes. Mais pendant tant de siècles, des milliers de filles et de garçons Noirs ont été violés par des missionnaires en Afrique, et personne ne s'en est jamais soucié.

En Afrique, nos garçons et nos filles ne sont pas simplement violés par ces héros du salut qui distribuent des billets d’entrée au paradis. Ils sont aussi violés par des travailleurs des organisations caritatives occidentales et, pire encore, par les casques bleus des Nations Unies. Avant mon voyage à Denver, j'étais au Cameroun pour une formation des femmes sur les mouvements citoyens quand l'une des formatrices originaires de la République centrafricaine a expliqué comment les casques bleus des Nations Unies avaient violé de nombreux enfants dans son pays dont un petit garçon de 4 ans est décédé à la suite d'une infection. Son récit sur la façon dont le pauvre garçon ne pouvait plus faire ses selles, gonflait et mourut dans la douleur m’avait donné la chair de poule. Des enfants ont été violés en échange de quelque chose d'aussi banal que de l'eau potable. Mais jusqu'à ce jour, toutes les tentatives pour traduire ces soldats français en justice ont échouées. La même chose s’est produite à Haïti, en RDC, au Soudan et la liste est longue. Les gouvernements des pays d’origine de ces soldats ont agi exactement comme Katie Meyer. Ils ne se sont préoccupés que de leur image et ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire taire ces viols, en imputant la responsabilité au peuple, à leur culture et au pays. Ceci, parce que dès le début, ils n’ont jamais été là pour le peuple.

Ce qui m'agace le plus, c'est le silence assourdissant et l'indifférence pénible des comédiens professionnels qui portent les titres de dirigeants. Leur égoïsme nous a apporté tous ces maux, ces humiliations et ces abus en premier lieu. Ils nous trahissent de par leur leur mauvaise gouvernance, leur corruption et leurs politiques qui créent des conditions permettant aux prédateurs de trouver une opportunité d’affaires dans notre pauvreté. Et ils resteront silencieux, comme toujours, parce que l’argent de l’Aide est plus agréable que la dignité humaine. Et tant que ces politiciens existeront avec leur appétit insatiable pour les voitures, les bijoux, les parfums et les hôtels occidentaux, nos filles et nos fils seront toujours réduits au : Faites un don de $1 pour aider un enfant pauvre; pardon je voulais dire : Faites Un Don De 1 Dollar pour Violer un Enfant en Afrique.

Avec ma très généreuse animosité.

 

Farida Bemba Nabourema

Citoyenne Africaine Desabusée

 

 

 

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