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Publié par Farida Bemba Nabourema

Dans plusieurs pays d’Afrique que j’ai parcouru, les colons ont construit avant de partir des hôpitaux, des routes, des écoles et dans certains de ces pays, les seules infrastructures publiques à ce jour sont celles construites par les colons. 
Les colons ne cesseront pas d’ailleurs d’utiliser ces infrastructures comme justificatif pour des siècles de pillages et d’esclavage qu’ont subit les colonisés et beaucoup parlent même des “avantages de la colonisation” en faisant référence à ces choses. 
Cette même attitude se voit aujourd’hui. Quand des dirigeants africains se maintiennent au pouvoir par la force, violent leurs populations, pillent l’état et jettent par ci et là quelques poussières de monuments, de routes et de centres de santé, ils se pensent automatiquement dédouanés de leurs crimes et leurs abus vis à vis du peuple. 
Mais ce qu’ils ne comprennent pas, est que ce qui compte pour tout être humain, c’est d’abord la dignité. Vous avez beau mettre un esclave dans un château, n’en demeure que sa dignité est bafouée et pour cela il choisira toujours sa liberté. Comme le disait l’illustre Sékou Touté, le père de l’indépendance de la Guinée au Général De Gaulle : “ nous préférons la liberté dans la pauvreté que l’esclavage dans la richesse”. Être le chien d’un roi ne vous rend pas plus qu’un chien: vous en demeurez un. 
J’entends souvent des gens dire naïvement que si le Togo était moins pauvre et les populations mangeaient à leur faim, les Togolais ne seraient pas révoltés. Hélas c’est faux. J’ai eu la chance de n’avoir jamais eu faim de ma vie et pourtant je suis extrêmement révoltée contre ce régime. Et je connais bien de Togolais extrêmement pauvres vivant dans la précarité qui eux ne le sont pas encore. 
La liberté et la dignité sont des valeurs dont la faim et l’aisance ne sont en rien le déterminatif. Tous les Togolais qui se soulèvent contre ce régime ne sont pas des affamés. J’en ai rencontré qui sont milliardaires, vivent dans l’opulence totale mais qui soutiennent ce combat parce qu’ils sont dégoûtés par l’abus que notre peuple subit sous ce régime. Les victimes de ce régime ne sont pas tous pauvres et les alliés de ce régime ne sont pas tous riches. 
Alors que Faure Gnassingbe arrête de croire que se lever à quelques mois des élections pour organiser des concours de recrutements, lancer des projets de constructions d’infrastructures et distribuer des miettes aux plus démunis sous des faux programmes de développement vont effacer ces années d’abus, d’humiliation, de déshumanisation que nous avons connues sous son père et lui. Il faut bien plus qu’un traitement placebo pour soigner la rage d’un peuple meurtri. 
Un adage Togolais dit d’ailleurs que “même en temps de famine, ce n’est pas dans toutes les poubelles que l’on mange”. Le combat du peuple Togolais n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais un combat alimentaire.
Bien entendu chez tous les peuples, ce n’est pas tout le monde qui se révolte et qui lutte. Les plus grands libérateurs de la pensée et les plus grands révolutionnaires de ce monde qui ont tout donné pour la libération de leurs peuples des systèmes oppressifs étaient issus des familles extrêmement riches: c’était des bourgeois. De Simon Bolivar qui a libéré presque toute l’Amerique Espagnole, a Karl Marx dont les pensées ont révolutionné la politique contemporaine, les agents de la liberté ne se battent pas pour de l’argent, pour le confort matériel, pour les titres. Ils finissent d’ailleurs très pauvres mais pour eux, ce qui importe c’est la satisfaction d’avoir contribué à un monde un peu moins injuste ou moins de gens sont exploités, dominés et opprimés. 
La conscience politique ne s’acquiert pas avec des billets de banque. Et certes dans la foule, l’on retrouve des gens qui rejoignent la lutte parce que n’ayant pas eux eu la chance d’avoir une part du gâteau. Ceux là sont toutefois les derniers à arriver et les premiers à partir. Fort heureusement, pour une révolution, l’on a pas besoin de tout le monde. Les chercheurs ont démontré avec des données quantitatives que l’on a besoin seulement du soulèvement de 3% de la population pour faire tomber un régime. Et ce soulèvement ne signifie en rien quelques jours de manifestations dans les rues. Ça signifie des années d’engagement, de fidélité à la cause, d’abnégation et de témérité. Pour libérer le Togo nous n’avons pas besoin que les 8 millions que nous sommes se lèvent. 
Nous avons besoin de seulement 250,000 personnes. 
250,000 personnes qui font de ce combat, leur mission et dont l’engagement et la détermination ne peuvent être écorchés par la défaite, la trahison, la déception, la peur, le désespoir. Ils nous faut 250,000 Togolais qui choisiront encore et encore, la liberté dans la pauvreté plutôt que l’esclavage dans la richesse. 250,000 Togolais qui croient toujours en la liberté même si tous le monde abdique. 250,000 Togolais qui tombent mais se relèvent à chaque fois contre l’ennemi car ne pouvant accepter leur défaite. 250,0000 Togolais dont la loyauté demeure avec leur conviction et non avec des individus. 250,000 Togolais dont le cœur à chaque heure soupire la liberté. 250,000 Togolais insoumis face à l’injustice.
La bonne nouvelle est que nous sommes déjà plus de 250,000 Togolais à avoir cette fibre de la dignité en nous. Nous sommes plus de 250,000 Togolais qui ne seront jamais éblouis par les aumônes de nos tyrans déguisés en Plan National de Développement. Nous sommes plus de 250,000 Togolais qui n’accepterons pas que l’on nous offre du paracétamol pour soigner notre cancer. Nous sommes plus de 250,000 Togolais qui même devant toute la richesse du monde, dirons toujours Faure Must Go parce que notre liberté n’est pas négociable. 
Pour la victoire, tout n’est que question d’organisation et de temps.

À luta Continua

Farida Bemba Nabourema 
Citoyenne Togolaise Désabusée

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