" />

Publié par Farida Nabourema

 

 

Cela fait déjà quelques années que je peux dire être engagée dans ce que j’appelle lutte contre l’oppression et l’exploitation. Je pourrai toutefois l’appeler lutte pour la liberté mais ce serait trop naïf de ma part de penser que mettre fin a certaines pratiques assujettissantes et dénigrantes signifierait l’obtention de la liberté.  La liberté en laquelle je crois est individuelle, pas collective car je pense que la liberté est avant tout ce que nous faisons d’elle.

A tort ou à raison je peux être qualifiée d’activiste politique ou de politicienne. Mais peux importe la catégorie dans laquelle je suis située par les uns et les autres ou celle dans laquelle je me perçois, une chose est sure ; c’est que j’aime et je suis fière de ce que je fais.

Durant les deux ou trois dernières années dans lesquelles j’ai commencé à plus m’afficher, j’ai beaucoup appris, compris, entendu, vu, perdu mais surtout gagné. L’année la plus éprouvante pour moi fut 2011. Apres la naissance officielle du mouvement Faure Must Go que l’on m’attribut du simple faite que j’en étais le porte parole ma vie privée et publique furent en un point jumelées et pfriidaour la nouvelle adulte que j’étais, ce fut une transition difficile.  

Mais aujourd’hui 1er Juin 2012, je souhaiterais en faite ouvrir pour l’une des rares fois mon journal et partager avec ceux qui m’estiment tout comme ceux qui me calomnient, une partie de ce que je reçois comme critique mais surtout, ce qui motive mon combat.

1-      Je suis trop jeune pour la politique.

Cette assertion ou si je peux me permettre de l’appeler critique, est l’une des plus fréquentes que je reçois depuis presque 3 ans.  Mais la première fois que je fus « remise à ma place » pour avoir exprimé mon désarroi face a une situation injuste fut en classe de 4eme ; au CEG Tokoin Wuiti plus précisément. Lors d’un cours d’anglais, j’avais soulevé  un problème que le professeur n’apprécia guère et auquel il répondit très sèchement avec un accent anglo-francophone drôle et forgé : « Les enfants ne font pas la politique ». 

La politique. Qu’est ce au juste ? Je n’y comprenais pas grand-chose à ce mot familier mais très ambigu. Cela aurait pu être du à « mon jeune âge » ; 12 ans à l’époque ou au faite que personne ne m’avait jamais expliqué le sens de ce mot qui terrorisait tant mon prof d’anglais. Mais quoi qu’il en soit, ce fut la première fois que la politique me fut érigée en thème tabou à cause de « mon jeune âge ».

Aujourd‘hui, 10 ans plus tard, l’on me reproche toujours d’être trop jeune pour faire la politique. Ce que ces personnes oublient est qu’un être suffisamment âgé pour discerner le bien du mal, le bon du mauvais et le juste de l’injuste est assez mature pour discuter des affaires politiques. Le président de l’Afrique du Sud Jacob Zuma était déjà en prison à 17 ans pour avoir lutté contre l’Apartheid. Que l’on me dise simplement à quel âge je suis donc supposée dénoncer l’injustice,  l’oppression et l’exploitation dans mon pays.

 

2-      Je suis une femme

Etre de sexe féminin constitue une autre raison « fondamentale » pour laquelle je devais me garder de  m’insurger contre toute injustice. Quand on est femme et activiste, on fait face à deux maux. Le mal des machos et celui des admirateurs. Les machos eux sont outragés et n’hésitent pas à me rappeler que mon devoir c’est de cuisiner et de « mettre bas ». D’aucuns plus aimables m’ont traité de « femme non domestiquée » et donc sauvage ; un compliment qui me va droit au cœur car ca me différencie des  animaux apprivoisables.

Les admirateurs quant a eux ont très souvent un caractère qui est assez commun a la gente masculine. Pour ces derniers, une femme « différente » comme on me dit l’être, est un trophée qu’il leur faut   décrocher. C’est ainsi que certains d’entre eux firent de moi leur « épouse virtuelle », leur « maitresse électronique » et leur « amante imaginaire ». Il devient donc difficile de travailler ou de collaborer avec certaines personnes qui n’arrivent pas à dissocier leur admiration et leur amour pour mes idéologies et actions politiques de ma personne « sexuelle ».

Etre femme devient donc ainsi un péché dont je dois supporter les conséquences très souvent psychologiquement et émotionnellement éprouvantes.

 

3-      Je suis égoïste

C’est vrai ; je suis égoïste. Mais pas pour les raisons que l’on me signifie. Des personnes m’ont souvent dit que je ne pense pas à mes parents, à ma famille et surtout a ma mère. Mes actions, selon leur dires exposent les miens et les met en danger. Ma « pauvre mère » comme on le dit souvent a faillit perdre sa vie dans un accident de voiture il n’y a pas si longtemps en se rendant a son village natal Bassar situe au Nord Ouest du Togo. Suite a son accident, il eu fallu qu’on la ramène a Lome afin de lui administrer des soins basiques. Ca aurait pu être plus grave  et elle aurait pu rendre l’âme durant ce long trajet parcouru dans des conditions les plus précaires  comme ca été le cas de plusieurs malheureux.

J’ignorais jusqu'à lors que c’est parce que je lutte pour un état de droit, pour une meilleure gouvernance et pour que tous les togolais puissent vivre décemment et ne meurent plus pour des raisons banales qu’il n’y a pas de centre hospitalier digne de ce nom au Nord du Togo pour opérer ma mère immédiatement après son accident.  J’ignorais aussi que c’est parce que Farida dit « Faure Must Go » que le CHU de Tokoin a Lome est plein à craquer, mal équipé et que les diabétiques en ce 21eme siècle meurent suite a une injection du sérum glucosé.  J’ignorais que c’est en réclamant une meilleure gestion de mon pays que j’expose mes parents aux maladies curables mais incurables au Togo, aux accidents de routes, aux épidémies, au non paiement des salaires et pensions de retraite et bien d’autres chosent qui tuent plus les togolais que les balles du régime au pouvoir.

 

Et c’est grâce à ceux qui me traitent d’égoïstes que je réalise que mon engagement politique  est beaucoup plus risqué que l’ultra sous-développement dans lequel vit « mes chers parents ».

 

4-      Je suis à l’étranger

« Il est bien beau de rester à l’étranger et de dire que Faure Must Go » entends-je souvent. Et c’est bien juste. Il serait préférable que je rentre avant de lancer cet appel mais ca n’est pas une condition sine qua none pour me mener mon combat. Beaucoup de personnes m’ont prouvé d’une manière ou d’une autre qu’ils ont gaspillé les ressources de l’état en allant à l’école car a part lire sans forcément comprendre et écrire sans forcément réfléchir, ils   ne retiennent rien des leçons apprises sur les bancs d’école. Quand nous apprenons l’histoire a l’école, ca n’est pas pour la bucher et la recopier sur une feuille de devoir afin de mériter un 13/20 pouvant servir a combler les 6/20 en mathématique afin de s’ assurer une place  a l’Oral au BAC. Nous apprenons l’histoire pour mieux comprendre notre présent et mieux construire notre avenir. L’histoire est supposée nous inspirer, nous orienter et nous renforcer. En 3eme comme en Terminale, nous étudiâmes la deuxième guerre mondiale et avions tous retenu que le General De Gaulle dans un discours prononcé sur la chaîne anglaise BBC à Londres, le 18 Juin 1940, a lancé un appel à la résistance au peuple français. Il n’eut pas besoin d’être en France, encore moins a Paris pour le faire. Alors que les mauvais élèves de l’histoire retournent lire leurs cours avant de l’ouvrir largement pour sortir des débilités comme quoi il me faut être a Lomé avant de prétendre lutter contre le régime au pouvoir. Je n’ai pas besoin d’être a Lomé pour commencer la lutte, ou appeler le peuple togolais à résister. Et ne pas être physiquement a Lomé a cet instant T ne veut ni dire que je n’y serai jamais, ni dire que je suis poltronne.

Et enfin, il est con de penser que l’on est plus à l’ abri en étant à l’étranger. Bien au contraire, cela permet au régime de vous éliminer plus facilement sans en porter la responsabilité directe. Combien d’activistes africains ne furent pas assassinés à l’étranger par empoisonnement ou « accident de circulation » ? Le cas le plus récent fut celui de l’illustre journaliste camerounais Pius Njawé qui fut tué le 12 Juillet 2010 dans un prétendu accident à Washington D.C, ma région de résidence. Vivre a « l’étranger » est pour moi un passage ; pas une destination. Et cela n’ôte rien à mon engament et ne rajoute pas grand-chose à ma sécurité.

 

5-      Concentre-toi sur tes études.

De ces derniers, je suis reconnaissante car ils souhaitent que je mette mes études avant tout sachant  que c’est l’une des choses les plus importants pour toute personne. Il est vrai que ma mission principale aux Etats-Unis est de poursuivre mes études universitaires et depuis mon arrivée aux USA je n’ai jamais faillit a cette tâche. Je ne suis pas la meilleure de ma promotion certes, mais j’occupe honorablement une place parmi les moins paresseux dans mon école. Ceci dit, je n’oublie pas ce pourquoi je suis ici et je fais de mon mieux pour assumer pleinement cette responsabilité. Cependant, cela ne m’empêche en aucun cas de mener ma lutte politique. Au contraire. J’étudie les relations internationales et la plus part de mes courts sont politiques. Ce que j’apprends en classe, au cours de mes recherches, des séminaires et formations auxquels je participe dans le domaine académique,  je m’en sers pour plus solidifier mes actions. Il est donc erroné de penser que mes études sont dissociables de mon engagement politique. Bien au contraire, les deux sont intrinsèquement liés. Me demander d’attendre la fin de mes études avant de mener cette lutte est comme demander à un apprenti menuiser de finir sa formation avant de toucher le bois. Sans le bois, il ne peut y avoir de formation réelle pour ce menuisier tout comme sans mon activisme, mon éducation universitaire   sera incomplète. La plus part de personnes ayant révolutionné le monde étaient engagés déjà sur les bancs universitaires et aussi la majeure partie des révolutions ont été lancées par des étudiants. « L’école d’abord, la politique après. » Détrompez-vous car sans politique il n’y a pas d’école et sans école il n’y a pas de vraie politique.

 

6-      Faure n’est pas le problème. Pourquoi lui ?

Belle remarque et très belle question. Faure Gnassingbé n’est pas le véritable et unique problème du Togo. Mais Il incarne en sa personne le système qui affaiblit le Togo, le détruit, le pille et l’assujettit. Faure Gnassingbé est un emblème et Faure Must Go est un slogan. Dire que Faure doit partir c’est s’attaquer a la chaîne d’oppression à laquelle appartient Faure de la même manière que quand une personne dit : « La terre de nos aïeux doit tomber »,  c’est déclarer la guerre à tout le peuple togolais. Dire que Faure doit partir, c’est chercher le départ de tous ceux et celles qui  par le biais de Faure Gnassingbé oppriment et exploitent le peuple togolais y compris lui-même. Je n’ai rien contre la personne humaine de Faure Gnassingbé mais j’ai tout contre sa représentation politique. J’ai horreur des choses qu’il incarne tel que le viol des droits fondamentaux humains, la corruption, le détournement des fonds de l’état, la torture, la dépravation morale et surtout le néolibéralisme et le néocolonialisme. Je m’attaque à ces choses à travers l’image de Faure Gnassingbé qui est le logo  de la misère du peuple togolais. Et Faure Must Go est pour moi le slogan de cette liberté à laquelle j’aspire et la devise de mon engagement.

 

7-      N’as-tu pas peur ?

La peur. Dire que non serait une pure hypocrisie et un simple mensonge. Si, j’ai peur. Mais ma peur n’est pas de me faire tuer par le régime au pouvoir, mais plutôt, de vieillir sous ce régime, de faire des enfants et de les voir grandir dans un monde aussi vicieux, malsain, injuste et dégoutant. J’ai peur pour mon futur ainsi que celui de mes futurs enfants car aussi « dure » et « rude » que je puisse paraitre, j’adore les enfants et suis révoltée de voir déjà ceux des autres souffrir de la méchanceté des uns et de l’indifférence des autres face à tant de bestialités. J’ai aussi peur de vieillir dans la peur comme mes aînées et finalement j’ai peur de gaspiller ma vie à avoir peur.

La seule différence avec moi est que je me bats pour anéantir cette peur.  Ceci étant, je ne peux donc pas rester passive et voir continuer ce film d’horreur qui se joue au Togo depuis près de 50 ans. Je veux vivre sans remords. Sans le remord de n’avoir pas agit contre les forces du mal, sans le remord d’avoir permis la continuité de l’injustice ; sans le remord d’avoir condamné les générations futures   à naitre, à vivre et à mourir esclaves. Ma peur est bien légitime mais elle ne me paralyse pas.

 

Voici donc 7 critiques et questions fondamentales que je reçois le plus souvent depuis que je suis engagée dans cette lutte contre l’oppression et l’exploitation du peuple africain en général et togolais en particulier. Chaque critique me renforce, chaque insulte me vivifie et chaque question m’ouvre plus les yeux et l’esprit. Mais au delà de ces aspects négativement positifs, ce qui me donne la force et le courage de continuer, c’est les quelques centaines de messages que j’ai reçu de personnes anonymes comme connues qui me disent qu’ils ont foi en moi et que ma lutte les inspire énormément.  Pour ne pas décevoir ces personnes, je me remets toujours des  calomnies, blessures, menaces, intimidations, et harcèlements, car le soutient, l’estime et l’amour qu’ils me portent me donnent la force, et le courage dont j’ai besoin.

 

Je suis Farida Nabourema et je suis la fille, la sœur, la nièce, la cousine et l’amie de certains. Mais pour d’autres, je suis cette femme étrange, radicale, impolie, imbue de sa personne, hautaine, effrontée et comme l’a si bien dit l’ambassadeur du Togo aux Etats-Unis Kadangha Bariki, lunatique et même pas togolaise car mon père serait selon lui inconnu et ma mère serait pourtant togolaise.

Mais pour moi, je suis cette fille qui est fière de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait. Et vu que c’est ce que je pense de moi qui compte le plus, personne ni rien n’abrogera mes convictions.

 

Merci a tous

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article