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Publié par Farida Nabourema

 

 

  Blaise Compaore

 

 

Mr Blaise Compaoré,

Le vendredi 20 Septembre dernier, je fus l’une des centaines de jeunes africains qui firent le déplacement au Washington Convention Center, pour participer à l’Africa Braintrust 2013 afin d’écouter les leaders africains nous faire un bilan des 50 années d’indépendances et de luttes indépendantistes sur le continent africain. Pour nous jeunes africains de moins de 30 ans, il est important d’apprendre des efforts qu’eussent fournit nos ainés pour nous offrir le semblant de liberté dont nous jouissons aujourd’hui d’autant plus que nous constitutions la relève ; pas celle de demain mais d’aujourd’hui.

 

Des différents discours faits par de grands intellectuels et leaders africains dont Mme Dlamini Zuma, l’actuelle présidente de la commission de l’Union Africaine, j’ai beaucoup appris et compris. Mais du vôtre, je n’ai malheureusement rien saisit. Votre discours fut le plus ambigüe et le moins fascinant. Et cela s’est ressenti dans toute l’audience qui même pas une fois, ne vous a interrompu pour vous applaudir, contrairement à tous les autres panelistes.

 

Pour mieux vous comprendre, l’audience avait tant souhaité vous poser des questions et j’étais pressée d’en faire de même non seulement pour avoir des éclaircis sur certaines de vos assertions mais aussi sur certains de vos actes qui à ce jour ont laissé des séquelles graves sur l’Afrique. Mais en bon dirigeant africain, vous avez refusé de recevoir les questions et les commentaires malgré l’insistance du public. La déception fut grande et elle a contraint certaines personnes comme moi à écourter leur présence à cette conférence. Mais Mr Compaoré, ne pouvant plus garder ces lourdes questions pour moi du fait qu’elles me pèsent sur le cœur et la conscience, j’ai jugé bon de vous adresser cette lettre ouverte afin de vous les poser.

 

Mr Blaise Compaoré, dites-moi pourquoi certains dirigeants africains comme vous êtes prisés de gaspillage des ressources humaines et financières de vos pays ? Il m’est difficile de comprendre ce qui vous pousse à vous faire accompagner d’une centaine de gens à chacun de vos déplacements publics. A quoi a servi le déplacement de Ouagadougou vers Washington de ce troupeau de personnes que constituait ce que vous appelez délégation ? Ceux-ci ne furent même pas en mesure de vous applaudir ne serait-ce que par prévenance ou par égard.

Vous n’êtes pas sans savoir que votre pays le Burkina Faso occupe une place prestigieuse dans la liste des 20 pays les plus pauvres au monde. Mais comment se fait-il que dans ces conditions vous vous permettez de dépenser des centaines de milliers de dollars pour vous faire accompagner de centaines de personnes à des conférences ou vous passez à peine une heure? Si c’est par désir de les remercier pour leur loyauté et soutien à votre régime, pourquoi ne leur confiez-vous pas des fonctions qui les feront au moins travailler et mériter leurs salaires et per-diem plutôt que de les faire promener comme des moutons trop rassasiés qui ne sont bons qu’à brouter et a somnoler ?

Excellence Mr le Président de la République, pourquoi certains dirigeants africains dont vous, aimez tant les flatteries, les titres, les éloges et le culte de votre personnalité ? J’ai rarement entendu un journaliste américain adresser Barack Obama en ces termes : « His Excellency Mister President Barack Obama» ou un journaliste français adresser François Hollande en « Son Excellence Mr le Président de la République François Hollande » ; ça sonne ridicule et ringard. Mais certains dirigeants africains comme vous ne pouvez pas vous passez de ces titres bidon qui n’augmentent en rien votre prestige. Aussi, vous avez cette tendance à vouloir vous faire passer pour des dieux. Vous inventez des protocoles dont vous ne pouvez pas vous passez même en dehors de vos pays ou de votre continent. Quand vous passez, les gens doivent s’immobiliser comme des statues, quand vous êtes debout, les gens doivent rester assis et quand vous êtes assis, ils doivent se tenir debout; mais à quoi servent ces cirques ? Je voudrais savoir Mr Compaoré ce que vous perdriez si vous devenez plus humain et vous rapprochez de votre peuple. De ces personnes que vous dites-vous ont élus.

 

En parlant d’élections Mr Blaise Compaoré, je tiens tout d’abord à vous féliciter des 80% que vous aviez obtenus aux présidentielles dernières et aimerais savoir si vous comptez obtenir 180% avant de prendre votre retraite. Mr le président, qu’est-ce qui vous empêche de partir ? Qu’est-ce que vous aimez autant du poste de président de la République, vous dirigeants africains à l’exception de quelques rares, au point de ne jamais vouloir partir ? Je suis peinée par le faite que depuis ma naissance, je n’ai connu que vous comme président du Burkina Faso et ai d’avance honte qu’un jour, mes enfants aussi risquent d’apprendre à l’école que le président du Burkina Faso s’appelle Blaise Compaoré. Non Mais Mr Compaoré, épargnez-moi cette honte ! Pour l’amour du peuple Burkinabè que vous dites tant aimer, offrez l’opportunité à quelqu’un d’autre de faire mieux que vous. Aucun être humain n’est capable d’être productif éternellement, sans quoi la retraite n’existerait pas. Il est inconcevable que le poste de président de la République devienne un métier pour certaines personnes au point où ils en fassent une carrière. Mais Blaise Compaoré, après 25 ans de service ou plutôt de carrière présidentielle et à 62 ans, vous devez prendre votre retraite. Mais pourquoi refusez-vous de partir au point de vouloir faire encore changer la constitution pour vous maintenir au pouvoir ? Au moins dites-le nous, pour que nous puissions vous comprendre car après tout le Burkina Faso n’est pas un royaume.

 

Certains de vos ex homologues comme Eyadéma Gnassingbé, Omar Bongo, Houphouët Boigny, Lansana Conté ont choisi de mourir lamentablement au pouvoir. Mais vous Mr Blaise Compaoré, le président du « pays des hommes intègres », vous n’allez quand même pas nous faire ce coup ? Par égard pour l’intégrité de votre peuple ainsi que la vôtre, épargnez nous le désir de souhaiter votre mort afin qu’il puisse y avoir une alternance politique au Burkina Faso. Les alternances politiques naissant de la mort de présidents qui s’éternisent au pouvoir comme vous avez l’air de le faire sont toujours source de conflits. Vous avez-vous-même, lors de votre discours, donné l’exemple de la Cote d’Ivoire, du Togo et de la Guinée qui ont traversé de sérieuses crises politiques qui ont succédé à la mort des « président-rois » comme vous. Vous avez démontré à quel point votre brillante médiation aurait permise à ces pays de sortir de la crise. Une sortie de crise qui se traduit par des arrestations arbitraires, inculpations et incarcérations des opposants, des meurtres de journalistes, des fusillades des éleves... Ah mais tient ! Pour une fois vous n’avez pas besoin de me répondre Mr Blaise Compaoré car à présent je vois d’où a appris le sieur Faure Gnassingbé à terroriser son peuple. C’est de vous monsieur le médiateur. C’est au Burkina Faso que Faure Gnassingbé a appris qu’il faut ouvrir le feu sur des élèves qui manifestent comme vous l’aviez fait faire en 2011 chez vous. C’est aussi de vous que ce monsieur a appris qu’il faut tuer les journalistes ; Norbert Zongo vous en rappelez-vous? Vraiment chapeau bas pour votre excellente capacité à résoudre les conflits car grâce à vous, comme vous l’aviez sous-entendu, règnent aujourd’hui dans la sous-région ouest africaine, la paix, la stabilité et la sécurité.

 

Toutefois, j’ai trouvé intéressant le fait que lors de votre discours, vous eussiez insisté sur la paix, la stabilité et la sécurité. Mr Compaoré, vous avez opté pour la paix au dépend de la liberté, la stabilité au dépend de la justice et pour la sécurité au dépend de l’état de droit mais sachez que sans liberté, justice et état de droit, il n’y aura jamais de paix, de stabilité et de sécurité. Vous êtes de cette école qui croit que la paix se limite à l’absence de conflits armés. Et bien je vous apprends que l’oppression d’un peuple, l’injustice et la violation constante des droits de l’homme sont une guerre passive. Une guerre passive dont le point culminant se marque par l’usage de la force ; des armes. Alors croire comme vous que l’absence de conflits armés dans les pays ou vous croyez avoir apporté la stabilité est synonyme de paix, n’est que pure balourdise. Les conflits structuraux qui se traduisent par la domination, l’exploitation et l’oppression sont plus graves, plus dangereux et plus dévastateurs que les conflits directs. Les 81 enfants qui meurent sur 1000 naissances au Burkina Faso sont les victimes de la guerre structurelle que vous menez contre le peuple Burkinabè en le maintenant dans la pauvreté. Voyez-vous, les conséquences de la mauvaise gouvernance tuent plus que les conflits armés. Et dans mon pays le Togo, notez bien, et très bien que vous n’avez apporté aucune paix et n’avez résolu aucun conflit. Et votre rôle de facilitateur que vous confondez avec celui de médiateur n’a servi à rien du tout. De 2006 à ce jour, même pas un seul des engagements qui furent pris par le régime de Faure Gnassingbé n’a été tenu. Et dans le cas de la Cote d’Ivoire, non seulement la crise ivoirienne est loin d’être terminée mais aussi, votre prétendue médiation que vous vantez tant n’a servi à rien non plus. Et enfin, dans le cas du Mali dont vous clamez également la paternité de sa stabilité, non seulement les dialogues que vous eussiez organisés furent sans effet, mais aussi, vous aviez été incapable de trouver suffisamment d’hommes valides au sein de votre armée pour aller soutenir votre patron Hollande. Alors Mr Compaoré, arrêtez de vous accorder plus de crédit que vous n’en méritiez. Vous ne pouvez pas être pyromane dans votre pays et pompier chez les autres. Les Togolais, les Ivoiriens, les Maliens et les Guinéens ne doivent rien à vos oiseuses médiations.

 

Par ailleurs Mr Compaoré, je suis choquée par l’usage fréquent du mot démocratie que vous certains dirigeants africains qui êtes arrivés au pouvoir dans les conditions les plus macabres faites. Des millions de gens de par le monde s’entendent sur la définition du mot démocratie d’Abraham Lincoln comme étant le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Certes, il n’y a pas de démocratie parfaite dans ce monde et même le pays de Lincoln est en mal de démocratie. Mais dans certains pays au moins une des trois conditions à savoir le « du », le « par » ou le « pour » est remplie. Pouvons-nous parler de démocratie quand seulement une des conditions est remplie ? Peut-être pas. Mais pouvons-nous parler de démocratie quand aucune des conditions n’est remplie ? JAMAIS ! Jamais de Jamais. Mr Compaoré, vous et moi savons que votre pouvoir n'est pas celui DU peuple Burkinabè, n’est en rien règlementé PAR le peuple Burkinabè et n’œuvre en rien POUR le peuple Burkinabè. Alors dites, ce qui fait de votre régime une démocratie. C’est parce que des despotes de votre acabit se disent démocrates que des énergumènes se permettent de faire des coups d’état au nom de la démocratie. Des énergumènes comme le sieur qui a assassiné Thomas Sankara que vous et moi connaissons très bien.

 

Et ma dernière question Mr Blaise Compaoré, celle que depuis toute petite j’ai rêvé de vous poser quand j’aurai l’occasion de vous rencontrer mais qu’hélas vous eussiez empêché le Vendredi dernier. Combien la France vous a –t-elle payé pour abattre votre ami Thomas ? Car nous jeunes africains, à jamais meurtris par la perte de ce grand homme qui incarnait la souveraineté, la liberté et la dignité de l’Afrique sommes prêts à offrir ce même prix a un mercenaire pour nous débarrasser de l’ignominieuse présence de son assassin afin que la plaie que vous nous aviez laissé en vendant votre pays et l’Afrique toute entière à vos maitres puisse cicatriser.

Dans l’attente d’une réponse, veuillez agréer, sa sainte excellence présidentielle, l’expression de ma plus profonde animosité.

Farida Nabourema
Washington, le 22 Septembre 2013

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