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Publié par Farida Nabourema

 

 

Aujourd’hui des millions de togolais sont sortis voter pour élire leurs représentants à l’assemblée. Des élections législatives organisées dans des conditions qui font grogner plus d’un et qui désolent beaucoup. Des multitudes de raisons qui poussent de nombreux togolais à bouder ces élections législatives, il y a une qui me tient particulièrement a cœur.  Il est question de la représentation des femmes dans ce scrutin électoral. Au Togo, les femmes constituent un peu plus de la moitié de la population soit 50,47% en 2012 selon les données de la Banque Mondiale. Et c’est avec désolation que j’ai constaté que sur les 1174 candidats aux élections législatives, seulement 159 sont du genre féminin ; soit 13,54%.

 

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Je suis déçue par ces chiffres pas simplement parce que je suis une femme et étiquetée de féministe  à tort ou à raison mais parce que je sais que la femme togolaise mérite d’être plus représentée. Plus représentée parce qu’elle a bien trop sacrifié depuis des décennies pour établir tout d’abord un Togo libre et indépendant et ensuite un Togo démocratique et respectueux des droits humains.

 

Quand nous jetons un regard aux manifestations et meetings politiques au Togo, on peut dire que les femmes togolaises sont énormément actives en politique. Elles sont des milliers à sortir pour s’insurger contre des abus, des violations des droits de l’homme et à réclamer de meilleures conditions de vie. En Janvier 1933, suite à la crise économique de 1929, la France avait augmenté les taxes dans ses colonies afin de gonfler ses revenus et réduire ses dettes. Le mécontentement était plutôt général dans toutes les colonies africaines françaises mais sa manifestation avait été plus éprouvante pour la France au Togo. Les femmes togolaises ont si farouchement exprimé leur irritation que la France a été obligée de revoir sa politique fiscale au Togo. Une manifestation qui a été gravée dans les livres d’histoire comme étant la plus grande manifestation des femmes en Afrique francophone.

 

Deux décennies plus tard à partir de 1956, les fréquentes manifestations des femmes contre la France ont poussé aux premières élections indépendantistes en Afrique francophone le 27 Avril 1958 ou le peuple Togolais a voté NON à la colonisation française et a choisi l’indépendance.  Plus tard au début des années 90 les femmes togolaises ont encore fait preuve de courage pour réclamer le respect de leurs droits, annihiler  des lois limitant leur pouvoir au sein de la société togolaise et exigeant l’instauration du multipartisme et l’avènement de la démocratie au Togo.  

Enfin, en 2012, elles ont encore fait parler d’elles dans le monde entier dans des centaines de journaux internationaux, quand pour exprimer leur ras-le-bol du régime dictatorial de Faure Gnassingbé, elles ont franchi le Rubicon en décrétant une grève de sexe et en se dénudant par dizaines pour  exprimer leur désarroi et attirer l’attention du monde sur leur  désagréable sort sous la régime militaro-despotique des Gnassingbé.

 

La politique au Togo n’a jamais exclu les femmes. Du moins les femmes ne se sont jamais exclues des affaires politiques et publiques. Au contraire, elles ont fait preuve d’un courage et d’une détermination qui dans bien de cas surpasse ceux des hommes. Mais n’en demeure qu’elles sont sous représentées aux postes de responsabilités politiques.

 

A quoi cela-est-il du ?

Je me baserai sur mon cas et mes expériences personnelles pour répondre a cette question et insiste sur le faite que c’est un apport subjectif.

 

L’homme est le chef de famille

La notion de « l’homme est le chef de famille » transcende dans  la vie politique dans bien de cas. Quand il est question de faire des sacrifices pour nourrir ses enfants, pour entretenir et défendre sa famille, la femme togolaise est présente et active. Mais quand il est question de prendre des décisions  pour cette même famille, la femme togolaise cède la place à l’homme, au père, au frère à l’époux car cette culture de « l’homme est le chef de famille » est ancrée dans les mœurs togolaises et dans le subconscient des femmes togolaises. Et cela s’affiche également en politique ou les femmes sont principalement celles qui organisent et financent les activités politiques (notamment dans l’opposition) mais elles laissent les hommes prendre le devant quand il est question de décider et de diriger. Naturellement, sans forcément le voir comme une tare, comme un mal et sans même en être offusquées, les femmes cèdent librement la place aux hommes.

 

La politique est trop difficile pour les femmes  

 La politique est trop dure pour les femmes, je le pense, je le dis, je le vis et je l’affirme. Pas parce que c’est un sujet difficile  qui surpasse les capacités intellectuelles de la femme mais parce que c’est ce que la société s’efforce à faire croire aux femmes. Les femmes quand elles mènent des actions politiques à savoir manifester pour la réduction des taxes, pour la création des emplois, contre l’arrestation arbitraire de leurs enfants ne  voient pas souvent qu’elles mènent des actions politiques. Elles militent simplement pour leurs droits. Elles ne le font pas dans le but de poursuivre une carrière politique car c’est un domaine décisionnel qui est réservé aux hommes. La politique de revendication est permise aux femmes mais celle de l’exercice du pouvoir lui est exclue.

 

Les femmes qui envisagent et embrassent des carrières politiques  sont souvent victimes de préjugés, de dénigrements, d’exclusions et d’harcèlements de toutes sortes qui ne laissent que deux options à ces dernières : se munir d’une carapace imperméable aux ondes négatives ou abandonner et retourner aux choses traditionnellement acceptées comme appropriées au  genre féminin. Malheureusement, le nombre de femmes qui réussissent à se tailler ces carapaces est infime car les pressions sont souvent trop grandes et insupportables. Et quand la carrière politique est enrôlée dans l’altruisme, le désir de servir sa communauté ou son peuple, l’on  finit par se dire : « pourquoi continuer par avaler ces couleuvres pour des choses supposées servir ces personnes qui vous accablent d’injures, d’humiliations et de soucis ? ».

 

La politique est trop difficile pour la femme car contrairement aux hommes, elle doit d’abord se faire accepter pour son genre avant de se faire accepter pour ses idées.

Combien de fois n’ai-je pas été ou ne suis-je pas offusquée de voir les gens réagir plus sur mon apparence physique et sur mon genre que sur mes convictions et actions politiques. Il m’eut fallu dans plusieurs cas faire preuve d’une certaine agressivité pour conduire mon audience à voir ce que je veux lui montrer plutôt qu’à ne voir qu’une « nana ». Les gens jugent souvent à partir de là que je suis dure, difficile, imbue de ma personne et hautaine mais ils ne réalisent pas que j’ai été obligée de me construire cette carapace pour survivre dans ce monde macho et phallocrate.

 

La peur

S’intéresser à la gestion des affaires publiques est une tâche ardue dans n’importe quelle société du a la diversité des intérêts, cultures, croyances et les attentes des uns et des autres. Cela s’applique à tous les pays et à toutes les sociétés et est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup se désintéressent de la politique. Mais dans des pays comme le Togo ou à ces problèmes universaux  s’ajoutent la violence, l’intolérance et le totalitarisme, et bien le découragement est encore plus grand car l’on a peur. Les femmes tout comme les hommes ont peur de se laisser à la merci des adversaires politiques qui n’hésitent pas à abuser physiquement et émotionnellement toute personne qui s’oppose à leur  règne. Des femmes (je préfère taire leurs noms)  ont été violées par des militaires et des milices du régime Gnassingbé au Togo pour avoir  mené des actions politiques. Dans les années 90, une leader politique suite à une émission radio en directe dans laquelle elle dénonçait la dictature avait été kidnappée dès sa sortie de la station puis brutalement violée et battue par des militaires togolais à la solde du régime au pouvoir. D’autres ont été tout simplement tuées ensemble avec leurs enfants.

Tels sont des comportements barbares qui dans les pays sous la coupe de régimes despotiques comme le Togo, découragent les femmes à prendre le devant sur la scène politique.  

 

Aujourd’hui les Togolais ont voté.  Certains députés seront élus et d’autres seront tout simplement nommés par Monseigneur Belzebuth Gnassingbé II alias Faure Gnassingbé. Mais de l’ensemble des personnes qui porteront le titre d’ « honorables » dans la future Assemblée Nationale, les femmes seront « sous-élues » et « sous-nommées » tout d’abord parce que leur genre pose problème, ensuite parce que la société renforce ce problème et enfin parce que la dictature impose le problème.

 

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