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Publié par Farida Nabourema

 


 

 

 

Ces mots ne font que raisonner dans ma tête : Ao Teacher nye la, Ao ao teacher nye la !

 

Je ne sais pas si ma compassion va à l’endroit des élèves ou des enseignants mais une chose est sure ; c’est que cette situation me désole.

Quand je m’étais inscrite en Histoire a l’université de Lomé après le BAC, ma mère qui elle-même est professeur d’Histoire et Géographie dans une école publique s’était opposée à mon choix car selon elle, je risquais de FINIR enseignante.

 

Depuis toute petite j’ai vu ma mère veiller jusqu’à 3 a 4heures du matin des fois pour corriger les centaines de copies d’interrogations de devoirs et de composition et ensuite remplir les bulletins de centaines  d’élèves. Par moment, affaiblie par un paludisme ou une maladie, elle se  bat contre la maladie pour finir ses corrections malgré la fatigue et la faiblesse physique.

 

Une fois grande, ma plus terrible corvée était de l’aider à revérifier toutes les notes et à corriger les moyennes. Je trouvais cette tache tellement ennuyeuse et énervante et rien que l’expression sur mon visage lui faisait comprendre à quel point j’avais horreur de son métier.  En fin d’année, c’est des dizaines de parents d’élèves qui défilent pour se plaindre des mauvaises notes de leurs enfants  redoublant ou expulsés pour des moyennes trop faibles. Et a quelques semaines de la rentrée, c’est des dizaines de parents qui défilent encore pour implorer ma mère de trouver une place à leurs enfants dans son école.

 

N’eut aurait été que je fus moi-même  fille d’une enseignante, il y a des choses que je n’aurais jamais compris de ce métier très ingrat au Togo. Les professeurs travaillent en dehors de ses heures de cours. Ils préparent les cours et les examens, corrigent les copies, remplissent les bulletins et jouent le rôle de tuteurs et de conseillers dans certains cas. Mais ils sont non seulement très mal rémunérés mais leur salaire tombent à goutte d’eau.  

Nous devons beaucoup à nos enseignants qui malgré les difficultés de travail se sacrifient pour nous assurer un avenir meilleur que le leur.

 

J’ai vu des collègues de ma mère incapables de payer les frais d’accouchements de leurs femmes au CHU. J’ai vu certains de ses collègues  parcourir près de 6km à pied pour se rendre au cours chaque matin. J’ai vu de ses collègues qui ne pouvaient pas s’offrir leur dialyse et qui moururent d’insuffisance rénale.  J’ai vu de ses collègues qui ne pouvaient pas payer les factures d’hôpitaux de leurs enfants. J’en ai vu de ses collègues qui des années après la retraite n’arrivaient pas à toucher à leurs pensions de retraite et sont devenus des répétiteurs ou des enseignants ambulants administrant des cours a 500FCFA/l’heure dans des établissements privés. J’ai vu de ses collègues qui ont choisi de noyer leurs soucis dans l’alcool et sont devenus des alcooliques. J’en ai vu de ses collègues qui ont perdu la raison et sont devenus des malades mentaux.

 

Entendre ces enfants scander : Ao Teacher Nye La, Ao Ao Teacher Nye la, me fait repenser a tous ces enseignants humiliés, dénigrés, délaissés et exploitées  qui malgré tout,  aiment leurs élèves. Ces enseignants qui prennent leurs élèves pour leurs enfants et acceptent de se sacrifier pour eux. Ces enseignants qui se contentent de la seule récompense qu’est de voir leurs élèves réussir.  Ces enseignants qui ne demandent qu’à  vivre décemment. Ces enseignants qui enfin, ont des élèves qui comprennent leurs douleurs, leurs courroux et scandent : Ao Teacher Gne La, Ao Ao Teacher Gne la !

 

A ces jeunes frères et sœurs je ne peux que dire : Merci !

 

 

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